N865 : les panneaux sont placés, la mobilisation continue
La route reliant Dohan à Mortehan est désormais officiellement interdite aux motos, et uniquement aux motos. Comme annoncé, le vendredi 1er mai, les panneaux d’interdiction de circuler ont fait leur apparition. L’affaire a fait grand bruit au sein de notre communauté au cours des dernières semaines. Mais la mobilisation se poursuit.
Dans un communiqué conjoint, la ville de Bouillon et la commune de Bertrix ont justifié l’Interdiction temporaire de circulation des motocyclistes sur la N865, entre Dohan et Mortehan, du 1er mai au 30 septembre 2026.
Cet arrêté de police a été pris conjointement par les bourgmestres des deux entités, en concertation avec le chef de Corps de la zone de Police Semois et Lesse. Seule la circulation locale échappe à cette décision.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
La liste des griefs est longue. Comportements à risque, utilisation du tronçon comme parcours de loisir assimilable à un circuit, accidents, nuisances sonores importantes pour les riverains, inefficacité des mesures de contrôle déjà mises en place…
Selon Bouillon et Bertrix, cette décision constitue une mesure temporaire et nécessaire, prise dans l’intérêt général. Ceci afin de protéger les usagers de la route, garantir la sécurité des riverains et préserver la qualité de vie dans la vallée.
Des contrôles seront organisés régulièrement par les services de la Zone de Police. Tout contrevenant s’exposant à des sanctions conformément à la législation en vigueur.
Info ou intox ?
Inutile de masquer la vérité. Le problème est connu depuis des années. Un ou deux groupes de motards viennent régulièrement sur la N865 pour effectuer des “runs”. Parfois durant des heures, comme nous l’a confié un résident… lui-même motard. Et donc absolument pas animé d’un sentiment “anti moto”, comme certains habitants peuvent l’être.
Ajoutez à cela quelques motards isolés qui prennent, eux aussi, les lieux pour un circuit. Saupoudrez de comportement dangereux et d’intimidation, rapportés notamment par notre témoin. Et la vie dans ce petit village paisible, en fond de vallée de la Semois, se transforme en cauchemar. Et non, il n’y a pas d’exagération.
Dès qu’il fait beau, quand votre voisin passe ses soirées, ses samedis et ses dimanches à tronçonner, alors que vous aimeriez simplement profiter un peu de votre jardin, vous aussi, vous êtes exaspéré. C’est la même chose à Dohan.
Quelle solution ?
Fermer la route aux motos est-elle, dès lors, la solution ? Bien sûr que non. Pour une poignée d’idiots, 500.000 motards sont punis. Nous ne pouvons l’accepter. D’ailleurs, reprenons les griefs. Des accidents ? Non. Pas plus qu’ailleurs. Même moins, selon les statistiques disponibles. Et on ne ferme pas chaque route après un accident. Sinon, nous ne roulerions plus nulle part.
Des comportements à risques ? Des nuisances ? Oui, bien sûr. Mais que fait la police ? Deux caméras sur le parking incriminé “où les groupes de motards se rassemblent” et, si nécessaire, un barrage à Dohan, et un autre à Mortehan. Hors d’état de nuire, les fauteurs de trouble ! Rien d’insurmontable à envisager. Et d’une efficacité redoutable car sur ce tronçon de la N865, il n’y a aucun échappatoire.
Évidemment, aujourd’hui, pour un élu, il est préférable d’écouter les doléances de ses administrés. Histoire de ne pas hypothéquer un prochain mandat. Et l’avis des motards dans tout ça ? Peu d’importance. On l’a bien vu à Durbuy, l’appel au boycott réclamé suite à l’expulsion des motos du centre-ville est déjà largement oublié.
Pétition en ligne
La communauté motarde s’oppose évidemment à cette mesure jugée radicale. Une pétition en ligne a déjà recueilli plus de 4.500 signatures. L’initiative de cette pétition revient à Géraldine Henry, Maman de Lucas, décédé à moto sur la N865. Le seul accident grave, à notre connaissance, survenu sur cette route depuis des années. Depuis 2023, Mme Henry se bat pour faire requalifier l’accident dont son fils fut victime et prouver l’implication directe d’un habitant de Dohan.
L’affaire devait passer devant les tribunaux en avril. Mais l’audience s’est vue reportée au mois de septembre. Gageons que l’interdiction de roulage a aussi pour objectif (non avoué noir sur blanc) d’apaiser les tensions de plus en plus vives entre certains habitants et certains motards. Espérons ne pas y trouver un objectif caché…
Quelle(s) suite(s) ?
En attendant, l’ordonnance de police est analysée par un juriste, notamment sous l’impulsion d’Eric Evrard, administrateur-fondateur du groupe Motards de Belgique, qui rassemble 50.000 motards sur Facebook. MotoJournal est en contact étroit avec Eric Evrard depuis le début de l’affaire. Nous ne manquerons pas de vous tenir informés de l’avis du juriste et des éventuelles actions engagées par Motards de Belgique.
Nous avons également pris la température chez Fedemot, qui n’a pas manqué d’interpeller immédiatement Mme Marie-Julie Nemery, bourgmestre de Bouillon. Pour le moment, les suggestions et propositions formulées par Fedemot sont étudiées par la bourgmestre. Mais une action concrète n’est pas (encore ?) à l’ordre du jour.
Enfin, un collectif de motards de Bertrix, semble également en contact direct avec les autorités. Une réunion aura lieu prochainement avec les élus de Bouillon et Bertrix. Espérons que quelques représentants du monde belge de la moto seront aussi conviés autour de la table. Le problème de la N865 dépasse, en effet, largement l’axe Dohan-Mortehan.
