La Corse authentique

Tout le monde croit connaitre la Corse. C’est une grave erreur quand on sait que 80% des touristes ne quittent pas les bords de plage, si magnifique soient-ils. Début de cet été, trente clients de Caribou Travel ont pu découvrir la véritable Corse. Celle très « carte postale », entre villes côtières et falaises bondées. Mais également celle beaucoup plus secrète, au-delà du maquis. Une île dévoilant réellement toutes ses beautés… à qui sait où aller les chercher !

Texte & photos: Laurent Cortvrindt

Le rendez-vous du préacheminement de ce périple sur « l’île de Beauté » était fixé en Provence. Une vingtaine de courageux avaient, en effet, préféré descendre depuis la Belgique, la Suisse, le Grand-Duché et la France pour rouler sur leurs motos personnelles. Une première étape sympathique pour prendre le ferry en fin de journée à Toulon, une traversée sans encombre, et nous voici déjà à Ajaccio, près du port, dans un hôtel et historique.

Jour 1 : Ajaccio

Cette journée dans la ville natale de Napoléon Bonaparte est libre. Le marché local constitue notre premier – et certainement pas le dernier – contact avec les produits du terroir corse. Ensuite, pour se mettre au diapason, un itinéraire de roulage pas trop long permet de faire tourner les roues et prendre nos marques avec la conduite des locaux, parfois assez « surprenants ». Ce petit apéritif nous conduit déjà dans des coins reculés alors que nous sommes à peine à une heure de route d’Ajaccio.

 

En fin d’après-midi, nous accueillons la dizaine d’amis ayant privilégié une formule un peu plus courte, avec trajet en avion et location des motos. Le temps de prendre possession des bécanes et le groupe se voit constitué à temps pour un premier repas sur le port. Soirée pizzas pour les uns, plat de « bidoche » pour les autres avec brochettes et entrecôtes à faire défaillir un végétarien !

Jour 2 : Ajaccio – Ajaccio – 240km

La première véritable étape constitue déjà un solide morceau. Avec quelques tronçons empruntés au célèbre rallye de Corse. Les amateurs de WRC apprécieront. Mon destrier pour la semaine, une Triumph Tiger 800, s’y sent, en tout cas, dans son élément. Il faut dire que ce gabarit se révèle tout à fait idéal pour les routes corses. De même que la motorisation. Un trois cylindres pour allier couple et allonge. Et 115ch pour profiter des reprises nécessaires pour se faire plaisir sans s’effrayer.

 

Nous mettons le cap sur le lac de Tolla et Bastelica, un village de montagne réputé pour ses charcuteries. Ah oui, en Corse on fait le plein au niveau des paysages, des sensations de conduite, mais aussi des plaisirs de la table ! Le col de Scalella marque l’entrée dans le parc naturel régional de Corse, avec le Monte d’Oro en vue. Pas loin de 2.400m d’altitude quand même !

Cœur de Corse

En arrivant à Corte, nous sommes déjà au cœur de la Corse. Je ne peux m’empêcher de repenser aux aventures d’Asterix. Et en amateur de « vieilles pierres », je suis déjà conquis. Autrefois capitale de la Corse indépendante, cette ville à l’identité corse marquée est enclavée au cœur des montagnes et dominée par sa citadelle. Nous nous arrêtons pour casser la croute. Une assiette mixte charcuterie-fromages corses, un bout de pain, et mon bonheur est fait.

Le reste de la journée nous vois passer dans les splendides Gorges de la Ruda. Avant de découvrir le lac de Calacuccia et la montée du col de Vergio dans les sapins. Le retour à Ajaccio par le Golfe de Sagone est rapidement avalé, cette Tiger en a quand même dans le ventre quand on la sollicite et son quickshifter marche à merveille. Première journée complète à moto en Corse, et déjà premier régal.

Jour 3 : Ajaccio – Calvi – 175km

Après deux nuitées, il est temps de quitter Ajaccio pour remonter vers le nord sur la façade ouest de la Corse. Après Sagone et son golfe, nous passons par Cargèse pour une pause sur le petit port de plaisance.

 

La route déroule ses lacets et rejoint Piana avec ses fameuses Calanques (Calanche en corse) qui se succèdent sur plusieurs kilomètres. Pour être déjà passé par ici, le paysage est de toute beauté. Malheureusement, aujourd’hui, pas de chance, la grisaille nous colle aux basques.

 

La route mène à Porto et il se met même à pleuvoir. Nous allons donc faire un petit break pour nous restaurer. Des dizaines de motos sont proprement alignés sur l’esplanade du port. Un lieu de rendez-vous motard, assurément. Les commerces Horeca s’en réjouissent.

 

Et vous savez quoi ? Le parking est vaste et gratuit ! Un « détail » qu’il serait bon de rappeler à nos élus locaux… Le repas, simple, est à nouveau délicieux. Aujourd’hui, j’ai opté pour des calamars. Avec la mer si proche, ce serait dommage de se priver !

 

Tigre ravi

 

Le petit col de Palmarella ne monte pas très haut : 408m. Mais il a l’avantage d’offrir une vue panoramique. Les derniers kilomètres le long de la mer sont plus rock ‘n roll. Comme quoi, la Belgique n’a pas le monopole des routes défoncées.

 

Ma Tiger apprécie moyennement mais heureusement, de petites poussées sur les bouts du guidon suffisent pour zigzaguer et éviter les plus gros nids-de-poule. Nous voici à Calvi, une de nos villes préférées, surmontée de sa belle citadelle. Moto au parking, une petite douche pour se rafraichir, et nous rejoignons le groupe qui se balade le long du port.

Jour 4 : Calvi – Saint-Florent – 130km

Nous continuons notre remontée en mettant le cap vers Calenzana. Un autre village authentique assez renommé car il marque le début du mythique sentier de randonnée du GR20. Mais pour nous, pas question d’user nos semelles, nous sommes en Corse pour dévorer l’asphalte.

 

Et si possible avec du dénivelé comme celui du Monte Cinto, plus haut sommet de Corse avec 2.706m, qui se dresse majestueusement devant nous. En Corse, on ne compte jamais en kilomètres. Mais en temps de déplacement. En voiture, la moyenne horaire dépasse difficilement les 40 kilomètres.

 

Sur deux roues, on peut se montrer un peu plus optimiste. Mais pas trop quand même, car les pièges sont nombreux. Graviers tombés des parois, racines qui soulèvent le tarmac et animaux en tous genres : vaches, cochons, chiens… parfois même couchés sur la route en sortie de virage ! S’il est bien un endroit où la prudence reste de mise en permanence, c’est la Corse. Et puis, pourquoi rouler vite en permanence alors que la nature se dévoile, elle aussi, à chaque sortie de virage !

 

Mer et lacets

 

Les lacets s’enchainent jusqu’au col de Salvi, avec un beau panorama sur la baie de Calvi ! Nous opérons un crochet par Pigna et Sant’Antonino, deux villages perchés typiques de la Balagne. Là aussi, en tant qu’amateur de « vieilles pierres », je suis comblé. Feliceto, Speloncato et Belgodère suivent, avec leurs dédales de ruelles étroites en escaliers.

 

Nous retrouvons alors la Grande Bleue avant de traverser le Désert des Agriates, une région sauvage tapissée de maquis, avec des plages au sable blanc accessibles par bateau. Sur cette dernière section, les routes sont désertes et je sollicite davantage la Tiger qui ne demande pas son reste. La bulle n’est pas très grande mais elle soulage quand même mon buste. La position se veut assez confortable, avec un bon triangle inférieur pour mon gabarit. J’arrive donc assez frais à l’étape du jour.

Jour 5 : Boucle autour du Cap Corse – 150km

Pour ménager hommes et montures, nous observerons une double nuitée à Saint-Florent. La péninsule du Cap Corse est un condensé des richesses de l’île de beauté. C’est pourquoi cette journée sera consacrée à une boucle sur la section la plus septentrionale de l’île. Après le col de Teghime, nous découvrons Bastia et son vieux port. Ensuite vient la belle route côtière, avec ses villages, ses plages et ses tours génoises.

 

Comme nous avons un peu de temps devant nous, l’ami Philippe sort son drone pour une petite séance. Au bout du Cap Corse, le petit port de Barcaggio abrite deux magnifiques plages. Côté ouest, un arrêt au joli hameau de Cannelle, bien caché, s’impose avant de rejoindre Centuri et son petit port de carte postale.

 

Quickshifter

 

La route est un régal à moto, je m’amuse comme un petit fou entre 2e, 3e et 4e vitesses avec le quickshifter impeccable à la montée comme à la descente. Le freinage, dosable et progressif, met vite en confiance. Un excès d’enthousiasme ? Rapidement corrigé !

 

Nous serpentons joyeusement jusqu’à Nonza, un vieux village perché qui domine une longue plage de sable noir. Le retour à Saint-Florent s’effectue par les vignobles de Patrimonio. Après un rapide passage par la chambre de l’hôtel, nous rejoignons le groupe qui prend déjà l’apéro sur le port.

Jour 6 : Saint-Florent – Zicavo – 205km

Aujourd’hui, c’est le plat de résistance. Cela peut sembler amusant de dire cela avec « seulement » 200km au menu. Mais 200 bornes en Corse, on peut vous l’assurer, c’est quelque chose. Surtout quand le tracé du jour vous emmène en plein centre de l’île. Dans le maquis. À la découverte de la véritable Corse. Celle que les touristes ne voient jamais. Celle dont ils n’ont même pas le moindre soupçon de l’existence.

 

Cap, dans un premier temps, sur les petites routes de la serra di Tenda. Ensuite, nous rejoignons l’église San Michele de Murato, un chef d’œuvre de l’art roman dominant la vallée du Bevinco. Suis alors peut-être l’une des plus belles, et des plus impressionnantes, routes du voyage. Nous sommes seuls au monde. En tout cas, c’est l’impression que cette immensité nous donne. Personne à l’horizon. Un paysage de montagne grandiose. Une route en lacets qui n’a rien à envier aux Alpes ou aux Dolomites. C’est le bonheur intégral.

 

Corte, clap 2e

 

Nous rejoignons la vallée d’Asco, célèbre pour ses gorges, ses belles piscines naturelles et son pont génois. Comme nous sommes dans les temps, nous décidons de prendre la route des gorges, un aller-retour de 40km mais qui vaut franchement la peine. Direction Corte à présent, que nous retrouvons pour la seconde fois. Nous voilà, à nouveau, en plein centre de l’île. Mais nous ne sommes pas encore à destination, loin s’en faut.

 

Il nous faut encore nous enfoncer dans la montagne, en montant sur un versant puis en descendant par l’autre face. La température chute à mesure que nous grimpons. La civilisation disparait. J’ai davantage de chance de tomber nez à nez avec un sanglier mais je me demande plutôt si je ne vais pas tomber sur un ours ou un loup ! J’ai parfois l’impression d’être dans un États reculé des États-Unis, ou au Canada !

Personne à la ronde

 

La Bocca di Sorba offre un panorama grandiose sur vallée du Vecchio et le Monte d’Oro. La belle route de crète que nous empruntons passe par Ghisoni, au cœur du Parc Naturel Régional de Corse, avant de franchir le col de Verde, à 1.289m. Une fois de plus, il n’y a personne à la ronde. Avec mes deux camarades de route, nous nous payons une bonne tranche avant d’arriver à Zicavo, un village de caractère hors du temps.

 

Grâce à Frédéric Fourgeaud, patron de la SIMA parti beaucoup trop tôt, j’ai eu la chance de découvrir Zicavo il y a quelques années. Je ne peux m’empêcher de penser à ce grand patron, passionné d’entre les passionnés, en arrivant au village.

 

Poignée de main

 

Ici plus qu’ailleurs, le temps s’arrête. Une poignée de main équivaut à un contrat signé en trois exemplaires. Les gens sont authentiques. Comme leurs maisons et les produits succulents qu’ils mettent dans votre assiette.

 

Pour nos voyageurs, nous avons commandé un repas surprise : entrée de véritable charcuterie corse, cochon de lait cuit à la broche, crème glacée et alcool de myrte ! Ici, pas de Hilton ou de Marriott. Notre groupe est divisé entre plusieurs auberges et gites. Nuitée couleur locale, plus typique que ça, c’est impossible !

Jour 7 : Zicavo – Bavella – Porto-Vecchio – 140km

Après la soirée festive de la veille, le groupe fait grise mine. C’est le déluge sur le centre corse. La température, elle aussi, a le moral dans les chaussettes. Tout le monde se regarde. Qui sera le premier courageux à enfiler sa tenue de cosmonaute pour se mouiller ?

 

Quelques petits groupes décident de s’élancer. Après le col de la Vaccia, à 1.195m, Quenza et Zonza sont la porte d’accès aux fameuses Aiguilles de Bavella. L’une des formations géologiques les plus emblématiques de Corse, sur le GR20. Malheureusement, aujourd’hui, impossible de les apercevoir à cause du brouillard. Tout le monde coupe donc l’itinéraire pour rejoindre au plus vite Porto-Vecchio et le bord de plage.

8°C et 3 cafés

 

Avec Vincent, mon compagnon de route sur sa Trident 800, nous jouons la montre en reprenant un café. Puis un deuxième. Avant un troisième. Nous regardons l’horloge : 9h, 10h, 11h… et il pleut toujours autant… Inutile d’espérer, il va falloir se lancer. Le tableau de bord de la Tiger indique royalement 8°C. C’est décidé, j’enfile un thermique plus épais.

 

Le GPS est monté sur la moto de Vincent. Je le suis de près, mais je distingue à peine son feu arrière. Pas de pinlock sur ma visière, j’ai plein de buée. Nous roulons sur des œufs car la route est détrempée mais également sale. Le vent qui souffle et l’eau qui ruisselle y ont dépose toutes sortes de pièges. Cailloux, branches, coulées de boues… encore un autre visage de la Corse.

 

Ospédale

 

L’allure n’a jamais été aussi réduite depuis le début du séjour. Il nous faut presque deux heures pour rejoindre – et traverser – la belle forêt de l’Ospédale et longez le lac du même nom. Heureusement, je sais que la mer est « de l’autre côté » de ce massif. Nous sortons de la purée de pois. Pour descendre sur Porto-Vecchio, une belle série de longs lacets nous amène sur la côte est. Nous gagnons rapidement une douzaine de degrés. C’est tout de suite plus confortable !

 

Avant de prendre possession de nos chambres, nous profitons des superbes plages de sable blanc de Santa Giulia et Palombaggia. Pour le souper, nous retrouvons quelques membres du groupe. Une petite balade nous fait découvrir la vieille-ville, où les restaurants typiques ne manque pas. Ce soir, ce sera entrée-plat-dessert, nous l’avons bien mérité !

Jour 8 : Porto-Vecchio – Bonifacio – Ajaccio 160km

C’est la dernière étape. Direction le sud de l’île et Bonifacio, l’un des endroits préférés des touristes. Mais un passage immanquable. Perchée sur de hautes falaises de calcaire, face à la Sardaigne, dont les côtes ne sont qu’à 12km, Bonifacio offre des points de vues – et des photos – magnifiques ! Et la ville haute, fortifiée, dévoile des points de vue à couper le souffle.

 

Cap ensuite sur Figari et la belle plage de Rocapina, avant de remonter vers Sartène, « la plus corse des villes corses » selon Mérimée. Dominant le golfe du Valinco, Sartène dévoile un panorama exceptionnel jusqu’aux aiguilles de Bavella.

 

Tour complet

 

Mais décidément, la météo ne semble pas avec nous, l’horizon est tout noir et le vent se lève. Pour éviter une nouvelle sauce, nous prenons promptement la direction de Campomoro et sa splendide plage. Quelques kilomètres plus tard, nous revoici à Ajaccio. Après un tour complet de la Corse, qui nous a dévoilé mille beautés.

 

Villes côtières où les touristes se pressent. Vallées sauvages qui semblent abandonnées et hors du temps. Ruisseaux vivifiants et canyons escarpés. Charcuterie succulente. Villages de pierres accrochés aux flancs du maquis. Et puis surtout, pour nous motards, des routes de rêve aux innombrables virages.

Jour 9 : Départ

Notre périple touche déjà malheureusement à sa fin. Les participants de la formule courte prennent la direction de l’aéroport. Pour les autres, en attendant le ferry du soir, Caribou Travel a réservé une petite surprise en privatisant une authentique paillotte corse ! Un peu plus loin que la route menant aux île Sanguinaires, un dernier repas hors du temps. D’ailleurs, il n’y a pas de réseau GSM !

Quelle tranquillité. Cette plage au sable clair. Cette eau transparente. Dommage que la température ne décolle pas un peu, ce serait un plaisir d’y faire trempette ! Nous nous contentons donc – et c’est déjà un moment merveilleux – d’une succulente daurade et d’une sieste sur la plage. Que pouvait-on rêver de mieux pour terminer cette semaine sur l’île de Beauté, qui mérite vraiment ce surnom !

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