Essai nouveauté QJMotor SRK 600 RS : pour quelques cm³ de moins
Un chiffre inscrit sur le flanc dune moto est rarement anodin. Il s’agit en général d’une promesse, avec parfois un peu de fanfaronnade. Soyons honnêtes : un constructeur qui baptise fièrement une moto « SRK 600 RS » alors qu’à peine 554 centimètres cubes sont disponibles sous le réservoir arrondit ses chiffres de manière bien trop optimiste. La question est de savoir s’il s’agit là d’une simple vantardise, ou si, sous cette carrosserie aux lignes arrondies, se cache un moteur qui a tout simplement plus de ressources que ne le laisse supposer sa fiche technique. QJMotor positionne sa toute nouvelle supersport de moyenne cylindrée entre la grande SRK 800 RR et la SRK 421 RR. Avec des freins Brembo, une fourche Marzocchi et un prix qui fait transpirer les marques établies. Il est temps de trancher cette question de chiffres sur la piste.
Texte : Jelle Verstaen
En bonne compagnie
Pour ceux qui ne connaissent QJMotor que par ces grandes lettres figurant sur le carénage d’une Moto3 ou d’une Moto2, voici quelques précisions. Derrière ces trois lettres se cache Qianjiang, le géant chinois qui fabrique des motos depuis 1985, qui a pris sous son aile la célèbre marque Benelli et qui fait partie depuis quelques années de la famille Geely – vous savez, le groupe derrière Volvo, Polestar et Lotus. Au Benelux, l’importateur MotoMondo a ajouté la marque à son portefeuille en 2024, en proposant directement une garantie de trois ans. Ce n’est certainement pas un coup marketing, car les ambitions de cette marque chez nous sont sérieuses. Et en particulier dans un segment qui connaît un véritable essor ces dernières années : la moto sportive abordable et adaptée au permis A2. La Kawasaki Ninja 500, l’Aprilia RS 457 et la Honda CBR500R, entre autres, occupent déjà ce terrain de jeu, et QJMotor y place sans hésiter sa SRK 600 RS. Avec, oui, une moto qui, malgré son nom, s’intègre parfaitement dans ce créneau
Une allure soignée
Commençons par ce qui saute aux yeux en premier regard, car il n’y a vraiment rien à redire à ce sujet. La SRK 600 RS affiche un look extrêmement épuré, moderne et, à première vue, plus luxueux que ne le laisse supposer son prix. Un avant racé avec éclairage LED qui aurait tout aussi bien pu sortir du Centro Stile de Borgo Panigale, un carénage aux lignes ciselées avec une bonne dose d’agressivité sur les flancs, un pot d’échappement soigneusement dissimulé le long du bras oscillant et un niveau de finition que l’on n’associe pas spontanément à ce budget. Pas un câble qui pend ostensiblement hors de ses fixations, pas de levier de vitesse avec trop de jeu. Et ceux qui osent la regarder de près tombent sur des noms prestigieux : Brembo, Marzocchi, Bosch – des marques qui, il n’y a pas si longtemps encore, étaient inimaginables sur un bicylindre chinois abordable. C’est d’emblée le plus grand atout de cette QJ : elle est tout simplement belle, et elle donne cette impression au toucher. Du beau travail.
Position de conduite confortable
Avec mon mètre septante-trois, je m’installe tranquillement sur la selle, qui culmine à 770 mm du sol, et c’est là que réside un deuxième atout. Les deux pieds à plat sur l’asphalte, pas de pose de danseuse au feu rouge : pour le motard débutant ou celui de petite taille, c’est une aubaine. Les guidons bracelets sont placés juste en dessous du tête de fourche, ce qui permet de se pencher en avant sans pour autant adopter une position racing qui vous brise le dos. C’est sportif, certes, mais votre bas du dos n’en pâtit pas pour autant. Vos genoux trouvent un appui contre les flancs élancés du réservoir, vos poignets ne sont pas mis à rude épreuve, et vous pouvez ainsi rouler sans problème toute l’après-midi. En tant que passager, on est un peu à l’étroit sur le petit strapotin en mousse à l’arrière – mais soyons honnêtes, c’est toujours le cas sur ce genre de moto sportive. Mieux vaut donc rouler en solo.
Cinq cent cinquante-quatre
Et puis ce moteur, qui est – disons – le sujet de controverse d’aujourd’hui. Nous l’avons déjà révélé plus haut : malgré le « 600 » inscrit sur le flanc, il s’agit ici d’un twin vertical de 554 cm³ à refroidissement liquide – et non d’un quatre cylindres, comme ses plus proches cousins de la gamme RR – avec huit soupapes et double arbre à cames en tête. Il développe 56 ch à 8 250 tr/min et 54 Nm disponibles dès 5 500 tours. Ce ne sont pas des chiffres qui vont épater la galerie, loin s’en faut. De plus, ces 56 ch implique nécessairement que la moto ne convient pas aux détenteurs du permis A2. Ce n’est pas une catastrophe, car votre concessionnaire peut facilement brider le bicylindre aux 35 kW (47,5 ch) réglementaires, pour le débrider plus tard dès que votre permis évoluera. Une approche astucieuse, qui indique d’emblée clairement le public cible.
Bienveillance
Comment cela se traduit-il sur la route ? À bas régime, le twin réagit bien et sans à-coups, exactement comme le souhaite un pilote débutant : rien qui ne fasse sursauter, rien qui ne se cabre. C’est dans la large plage intermédiaire que les choses sérieuses commencent, là où le couple, vers 5 500 tours, délivre sa poussée bienveillante et vous fait glisser en douceur d’un virage à l’autre. Si vous continuez à monter en régime vers le pic de puissance à 8 250 tr/min, il suit volontiers, mais ne vous attendez pas à une accélération finale fulgurante : avec 56 ch pour un poids à vide de 194 kilos, cette moto reste civilisée et accessible. Et vous savez quoi ? Pour le motard auquel elle s’adresse, c’est exactement le bon dosage. Ce qui manque toutefois, c’est un quickshifter. Les passages de rapport, en montée comme en descente, se font encore à l’ancienne, à la main, avec le levier d’embrayage. Ce n’est pas dramatique à ce prix-là, mais c’est tout de même une occasion manquée de parachever le plaisir.
Un poids malgré tout raisonnable
En parlant de ces 194 kilos : sur le papier, c’est assez imposant pour la catégorie – la Ninja et l’Aprilia pèsent environ vingt kilos de moins. Dans la pratique, cela ne se ressent toutefois pas tant que ça. Une fois lancée, la SRK se manœuvre avec plus de légèreté que ce chiffre ne le laisse craindre ; une légère pression sur le guidon suffit à l’engager dans le virage. Les suspensions Marzocchi sont d’ailleurs réglées de manière remarquablement souple – plus souple que ce à quoi on pourrait s’attendre d’une moto apparemment destinée au sport –, ce qui permet de filtrer parfaitement les nids-de-poule et les irrégularités de la chaussée, mais fait également que la limite maximale est atteinte un peu plus tôt. Pour un usage quotidien et le public visé, c’est un excellent choix ; ceux qui souhaitent vraiment s’adonner à une conduite sportive préféreront une suspension arrière un peu plus ferme. Petite anecdote : Marzocchi est aujourd’hui en partie produit par le groupe Qianjiang lui-même. On peut dire que ça reste dans la famille.
Freinage à l’italienne
À l’avant, deux disques de 320 mm sont actionnés par des étriers Brembo à quatre pistons à montage radial – un véritable luxe sur une moto de ce calibre et de ce prix. Ils dosent bien la puissance et mordent avec vigueur quand on le leur demande, tandis qu’à l’arrière, un disque de 260 mm et un étrier à un piston permettent de corriger tranquillement la trajectoire. Lors d’un freinage brusque, on remarque toutefois à nouveau que la fourche est avant tout axée sur le confort : la puissance de freinage dépasse la capacité d’amortissement. L’ABS Bosch veille discrètement sur le reste. Les pneus, c’est une autre histoire : le modèle testé était équipé de pneus CST Migra, qui font correctement leur travail tant que le rythme reste raisonnable, mais qui vous mettent vraiment à l’épreuve lorsque vous commencez à pousser fort. Une adhérence largement suffisante pour le motard débutant ; ceux qui progressent rêveront sans doute secrètement d’un jeu de pneus haut de gamme.
Complet
Au vu du prix, on ne peut pas vraiment reprocher grand-chose à l’équipement, bien au contraire. Un petit écran TFT lumineux de 5 pouces fait honneur à l’ensemble, avec le Bluetooth, la navigation étape par étape et non pas un, mais deux ports USB (de type A et C) pour recharger votre smartphone. Le contrôle de traction et l’ABS sont présents, et la disposition des commandes est soignée et logique. Pour une moto d’entrée de gamme abordable, c’est un équipement étonnamment complet : bon nombre de concurrentes plus chères n’offrent pas nécessairement plus dans ce domaine. Cela prouve une fois de plus que « bon marché » et « basique » ne sont plus nécessairement synonymes depuis longtemps.
Un prix très compétitif
Et voici les chiffres qui comptent vraiment : 7 199 euros en Belgique. QJMotor se lance ainsi directement dans la bataille face aux marques bien établies. Ses rivales directes ? Citons la Kawasaki Ninja 500 (7 199 euros), l’Aprilia RS 457 (7 250 euros) et la Honda CBR500R, qui est la plus chère (7 799 euros). Toutes possèdent une cylindrée inférieure et, à certains égards, bénéficient d’une finition un peu plus soignée que la QJ. Mais la SRK y oppose un équipement plus complet et ces composants haut de gamme supplémentaires, à un prix qui ne laisse personne indifférent.
Reste à savoir à qui s’adresse réellement cette sportive aboutie. La réponse est facile à deviner : le tout nouveau motard à la recherche de sa première véritable moto sportive, celui qui souhaite passer à une cylindrée inférieure et en a assez de l’excès, et le navetteur soucieux de son style qui n’a pas besoin de la puissance d’un moteur d’un litre pour afficher un large sourire. Au sein de sa propre gamme, la SRK 600 RS se positionne parfaitement entre la SRK 421 RR et la plus musclée SRK 800 RR.
Conclusion
La QJMotor SRK 600 RS est une moto étonnamment complète, soignée et proposée à un prix très compétitif, qui ne se cache à aucun moment derrière son origine chinoise. Son look et ses finitions donnent l’impression d’une moto plus chère qu’elle ne l’est réellement, les freins Brembo et les suspensions Marzocchi la placent au-dessus de sa gamme de prix, et son équipement est généreux. Le moteur de 554 cm³ ne fait pas immédiatement des étincelles, mais c’est justement ce qui en fait un excellent compagnon d’apprentissage : docile, prévisible et (qu’il s’agisse ou non de la version A2) accessible à ceux qui font leurs premiers kilomètres. Des bémols ? Avec ses 194 kilos à sec, elle est imposante pour la catégorie, les pneus CST et les réglages de suspension souples exigent une certaine prudence, de plus, l’absence de quickshifter est tout de même un peu une occasion manquée. Mais ceux qui recherchent une moto sportive abordable, bien équipée et surtout accessible trouveront ici un excellent rapport qualité-prix.
Photos : Manu De Soomer / Motorsportspics.com
Les plus et les moins
| Les plus | Les moins |
| Rapport prix/équipement | Poids important pour cette catégorie |
| Moto qualitative | Pneus CST pas convaincants |
| Position de conduite et moteur agréable | Le moteur manque un peu d’enthousiasme |
Fiche technique QJMotor SRK 600 RS
| MOTEUR | |
| Type | bicylindre vertical à refroidissement liquide, DACT |
| Cylindrée | 554 cc |
| Alésage x course | 70,5 x 71 mm |
| Soupapes/cylindre | 4 |
| Taux de compression | n.c. |
| Alimentation | injection électronique (EFI) |
| Boîte de vitesses | à 6 rapports |
| Embrayage | multidisque en bain d’huile |
| Transmission finale | chaîne |
| PRESTATIONS | |
| Puissance maximum | 56 ch (41,2 kW) @ 8.250 tr/min (versions A2 : 47,6 ch / 35 kW) |
| Couple maximum | 54 Nm @ 5.500 tr/min |
| ÉLECTRONIQUE | |
| Moteur | contrôle de traction |
| Partie-cycle | ABS (Bosch) |
| PARTIE-CYCLE | |
| Cadre | en tubes d’acier |
| Suspension avant | fourche inversée Marzocchi |
| Options de réglage | / |
| Suspension arrière | Monoshock avec mono-amortisseur Marzocchi |
| Options de réglage | précharge du ressort |
| Débattement av/ar | n.c. |
| Frein avant | deux disques de 320 mm, étriers radiaux Brembo à 4 pistons |
| Frein arrière | un disque de 260 mm, étrier Brembo |
| Pneumatique av/ar | 120/70-ZR17 / 160/60-ZR17 (CST Migra CM-S3N) |
| DIMENSIONS & POIDS | |
| Empattement | 1.420 mm |
| Angle de chasse | n.c. |
| Chasse | n.c. |
| Hauteur de selle | 770 mm |
| Poids à vide | 194 kg |
| Réservoir | 16,5 l |
| PRIX | |
| À partir de | 7.199 € |
