Essai Harley Davidson Road Glide : Plutôt ailes de chauves-souris ou nez de requin ?
Lorsque vient le moment de choisir un gros bagger chez Harley-Davidson, deux options s’offrent à nous : Street ou Road Glide. La principale différence entre ces deux machines réside dans l’emplacement et la forme du carénage, souvent désigné par son nom anglais : fairing. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que celui de la Road Glide laisse rarement indifférent. Je n’étais moi-même pas convaincu de ce fameux nez de requin jusqu’à son dernier facelift en 2024. Depuis, je dois avouer que plus je la vois, plus elle me plaît.
Et puisque j’ai adoré avoir une Street à l’essai cet été, je n’ai pas boudé mon plaisir lorsque l’opportunité s’est présentée de réitérer la chose avec sa jumelle.
L’occasion de répondre pour vous à la question suivante : Que ressent-on au guidon d’une Road Glide quand on vient d’une Street Glide ?
Par Loïc Mouton
La théorie : Posons les bases
La Street Glide utilise un fairing « batwing », monté sur le guidon. Il suit les mouvements de la direction et est censé offrir une agilité accrue à faible vitesse ou en milieu urbain. Le modèle offre une position de conduite plus proche du guidon, ce qui se traduit sur le papier par une sensation de conduite plus directe et réactive — une vraie connexion à la machine. Mais avec une protection contre le vent plus limitée.
La Road Glide, quant à elle, est équipée d’un fairing « sharknose », fixé directement sur le cadre. Il promet une meilleure stabilité à grande vitesse, moins de vibrations et un poids réduit sur le guidon. Ce dernier offre une position de conduite plus en arrière, qui est censée offrir davantage d’espace et un confort accru pour les motards plus imposants, ainsi qu’une protection contre le vent améliorée. Le sharknose et son système de fixation augmente le poids total de la Road Glide de 12 kg par rapport à sa consœur, ce qui ne devrait toutefois que peu se faire sentir sur un engin dépassant déjà les 350 kg.
Affaire de goût ?
En théorie donc, le choix dépendra de vos priorités : maniabilité, agilité et conduite réactive pour la Street, contre stabilité à haute vitesse et meilleure protection contre le vent pour la Road. En pratique cependant, c’est souvent une affaire de goût esthétique. On achète rarement une moto sans tenir compte du style, et c’est encore plus vrai lorsqu’il s’agit d’une Harley-Davidson ! Comme je l’expliquais, j’ai récemment eu la chance de passer quelques jours au guidon d’une Street Glide 2025. Je n’héberge toutefois pas d’enclume américaine en permanence dans mon garage, même si je leur trouve beaucoup de charme. Certains pourraient toutefois remettre en question ma légitimité à donner un avis « d’expert » sur la question.
Poser ses jalons
Qu’à cela ne tienne : j’ai fait appel à mon ami Jo, heureux propriétaire d’une superbe Street Glide depuis plusieurs années, afin de compléter mes impressions. Que ressent-on au guidon d’une Road Glide quand on vient d’une Street ? Et surtout… laquelle choisirions-nous ? Jusqu’à il y a peu, je n’étais pas un grand habitué des gros baggers. Lors de mes premiers tours de roue sur la Street Glide cet été, j’avais d’ailleurs été pas mal déstabilisé par la position de conduite et les habitudes à prendre à son guidon. Mais au bout de ma première semaine en sa compagnie, les repères étaient pris, au point d’être plutôt à l’aise avec et de ne plus craindre aucun environnement. De l’inter-file sur autoroute aux rues étroites du centre de Bruxelles, tout y est passé. Je ne m’attendais donc pas à être à nouveau pris au dépourvu en passant sur la Road Glide… et pourtant.
Un peu déstabilisé
La position de conduite est vraiment particulière. On est assis plus en arrière, avec ce long guidon qui oblige à tendre un peu les bras. Mes premiers tours de roue furent donc une nouvelle fois déroutants, presque comme si je devais “réapprendre” à conduire une Harley. Une fois la posture assimilée, en revanche, le confort est là — on se sent bien installé, prêt à cruiser des heures au soleil en sa compagnie. Sans surprise, je suis à nouveau déstabilisé lors de mes premières manœuvres à basse vitesse. Sur la Street, je trouvais déjà la moto un peu intimidante pour un non-habitué, et sur la Road, le fait d’être aussi reculé complique encore un peu les choses. On n’a pas la même aisance pour braquer ou gérer les manœuvres lentes.
Elle prend tout son sens
En revanche, dès qu’on roule, la stabilité à haute vitesse est séduisante. La moto file droit, bien ancrée, et inspire confiance. C’est clairement là que la Road Glide prend tout son sens : sur route ouverte, à rythme de croisière, où elle avale les kilomètres sans broncher. Je m’attendais à une protection supérieure, mais la bulle basse du modèle bagger laisse passer pas mal de remous. On est un peu mieux protégé des intempéries et on a plus de place qu’avec la Street, mais ce n’est pas le jour et la nuit non plus. J’imagine qu’avec une bulle plus haute et des déflecteurs de jambes, on gagnerait vraiment en confort aérodynamique.
Autre observation intéressante, j’entends mieux la musique des haut-parleurs à haute vitesse. Sur autoroute, c’était complètement inaudible avec la Street, mais je peux ici en profiter plus correctement. Sachant que pour moi cela fait vraiment partie de l’expérience bagger, c’est une belle surprise ! Côté moteur, rien à redire, c’est toujours du pur plaisir. Le 117 garde ce caractère si particulier : un couple énorme, des sensations brutes, et ce côté un peu sec de la boîte de vitesses qui participe au charme Harley. Ce n’est pas un moteur lisse, c’est vivant, mécanique, expressif — et ça, ça me mettra toujours la banane. D’autant qu’avec la ligne Jekyll & Hyde en option, le combo parfait : démarrage discret valve fermée pour ne pas importuner mes voisins, puis libération du moteur et de son timbre profond et rauque d’une pression du doigt dès que je sors du quartier.
Un bel objet
Visuellement, cette semaine aura achevé de me convaincre de la nouvelle gueule de cette Road Glide. Ce “sharknose” fixe lui donne une vraie identité, à mes yeux plus agressive et moderne que celle de la Street Glide. J’ai pour habitude de laver moi-même consciencieusement les motos que j’ai à l’essai avant de les ramener en concession. Cela me permet de la découvrir en détail et de mieux apprécier, ou non, ses finitions. Et je dois dire qu’en dehors de la partie tableau de bord un peu plastique, je prends beaucoup de plaisir à exécuter cet exercice avec cette moto, tout comme avec sa sœur d’ailleurs. La finition des détails en alu, de la peinture, du bloc moteur. Il se dégage une impression très satisfaisante de qualité, c’est vraiment un bel objet !
Conclusion
En résumé, la Road Glide 2025 m’a demandé un petit temps d’adaptation même en venant de la Street. Mais une fois qu’on a trouvé sa position et qu’on oublie ses vieux réflexes, on découvre une moto plus stable, un peu plus confortable et charismatique. Elle garde le meilleur de l’esprit Harley tout en offrant une expérience de route différente plus posée, plus “grand tourisme”, sans perdre cette âme brute qui fait tout le plaisir de la marque. Malgré le petit bémol des manœuvres à basse vitesse, je pense que mon choix se porterait donc sur cette tête de requin si l’envie me prenait un jour d’ajouter un engin de ce genre dans mon garage.
L’essai de Jo
Je possède une Street Glide de 2012, moteur 103, un peu rajeunie, que j’adore. Mais depuis la sortie de cette nouvelle Road Glide en 2024, j’ai flashé sur sa gueule de requin et j’ai envisagé de changer. C’est donc avec plaisir que j’ai répondu à l’appel de Loïc, et que j’ai troqué ma fidèle monture contre cette splendide RG Iron Horse Gray et son échappement Jekyll & Hyde le temps d’une petite après-midi.
Mon verdict ? « Oui, mais non », je m’explique :
Ce qui fâche d’abord
J’avais de grosses attentes concernant cette moto, que j’attendais comme le résultat de 13 années d’évolutions depuis la production de ma propre Street : « Il ne doit plus y avoir de turbulences du tout au niveau du casque, le système multimédia doit être super intuitif avec cet énorme écran, le moteur doit envoyer du lourd, le confort doit être digne d’un SUV… ». La première désillusion arrive pourtant avant même de démarrer, lorsque j’essaie de connecter mon iPhone pour visualiser l’itinéraire de Waze sur cet écran, digne d’une télévision. Perdu, car le CarPlay n’est pas disponible de base… Sérieusement, à ce prix-là ?
Bon OK, pas de souci, je joue le jeu et décide d’utiliser le GPS intégré au système multimédia… Re-perdu. Il n’a daigné fonctionner à aucun moment pendant toute la journée, restant figé sur l’adresse de la maison mère… Obligé de le faire « à l’ancienne » donc, avec un support de téléphone fixé au guidon.
Pour l’anecdote, j’ai monté sur la radio-CD de ma propre Street un récepteur Bluetooth en AUX ainsi qu’un petit écran 5’ CarPlay. J’ai dégoté ces deux accessoires pour moins de 100 € sur Amazon, et le résultat est sans appel : tout se connecte à mon iPhone directement, sans devoir jouer avec contrairement à cette nouvelle Road Glide. Dès que je démarre, je roule avec Spotify et Waze sous les yeux, sur un écran certes plus petit mais parfaitement adapté à ce juste nécessaire. Un peu décevant donc. Je cesse d’y penser et je me réjouis de pouvoir démarrer. Je ne laisse pas longtemps le moteur étouffer façon aspirateur Dyson, je presse très vite le petit bouton discrètement installé au niveau des commodos gauches du guidon : les valves s’ouvrent, le son de la ligne Jekyll & Hyde « libérée » se dévoile : pas de doute, c’est bien une Harley !
Comme à la maison
Démarrage, virage, virage, et je me sens déjà à l’aise. La prise en main est rapide, les commodos ont un peu évolué, mais les standards restent : clignoteurs indépendants à gauche et à droite, ils tombent sous le pouce directement. Je m’arrête à la pompe, je découvre le système keyless de verrouillage de la trappe à essence. Je trouve toujours laborieux de devoir aller chercher la petite clé sous toutes mes couches pour pouvoir ouvrir la trappe de ma régulière. Première bonne évolution !
5 minutes plus tard, je suis comme à la maison, et j’ai envie de sentir ce que le 117 a à offrir. Une petite pression du pouce droit pour basculer en mode sport, et quel plaisir ! Le couple est énorme, il y a de la reprise et je découvre avec surprise une sensation de légèreté dans le guidon qui contraste fort avec l’impression massive du nez de requin. Côté plaisir de rouler, à nouveau un très bon point.
Trop grand ?
Mais la deuxième désillusion pointe déjà le bout de son nez et elle concerne la protection au vent. Le carénage est très large, il couvre très bien mon torse, mes bras et le haut de mes jambes. Mais dès que je dépasse les 100 km/h, mon 1m82 semble déjà trop grand pour le pare-brise d’origine. Beaucoup de turbulences dans le casque, un bruit de vent très prononcé, je dirais d’ailleurs même plus que sur ma Street (sur laquelle je vous accorde avoir monté un petit pare-brise de 4,5’’…). Dommage, car elle me donne vraiment envie de cruiser sur la bande de gauche.
Autre grosse différence notable avec la Street, c’est le sentiment de légèreté et d’agilité. C’est particulièrement flagrant dans les ronds-points : là où le carénage monté sur le guidon de la Street semble vous attirer de tout son poids vers l’intérieur, la Road est agile comme un Softail.
Ce qui est chouette ensuite
Toutes ces observations faites, j’arrive dans mes campagnes au travers de nos bonnes routes wallonnes constellées de trous. Et je dois constater que le niveau des amortisseurs a bien évolué. Il m’a fallu remplacer complètement celle de mon propre modèle pour obtenir un niveau de confort similaire à celle-ci d’origine, une nette amélioration donc. Une fois chez moi, je me gare, je tape le neutre, et waow, il passe directement ! En douceur et précision. Les propriétaires d’anciennes Harley comprendront, il faut parfois s’y reprendre à quatre fois. Et exit également l’énorme « Clong » lors du passage de la première. Certains diront que cela faisait partie du charme Harley, mais avouons-le, c’est une belle évolution. La précision et la douceur de cette boîte font vraiment plus « au point ».
Je prends le temps de me poser, et de faire la liste des pour et des contre de ce projet de changement de monture. Quelques petits trucs « un peu mieux », la valeur de revente de ma « vieille » Street, plus de 30 000 € pour une Road Glide neuve, plus les frais de la ligne pour avoir un son digne de ce nom, pas de CarPlay ni de poignées chauffantes d’origine…
Verdict
Toutes ces petites améliorations ne valent pas cet investissement. Comme je l’expliquais, je bénéficie déjà d’un système multimédia plus rapide et intuitif (et à moindre frais), et côté moteur, je pourrais faire un stage 2 à moindre prix qui m’apporterait un supplément de pêche très suffisant pour mon plaisir et mes capacités.
Donc « oui, mais non ». Oui elle me plaît, mais non pas au point de changer, car ma Street 103 ne m’est pas parue ridicule, malgré ses 13 ans.
Fiche technique Harley Davidson Road Glide
| MOTEUR | |
| Type | V-twin à 45° à refroidissement mixte air/eau |
| Cylindrée | 1923 cc |
| Alésage x course | 103,5 x 114,3 mm |
| Soupapes/cylindre | 4 |
| Taux de compression | 10,3 :1 |
| Alimentation | injection électronique à port séquentiel (ESPFI) |
| Boîte de vitesses | à 6 rapports |
| Embrayage | multidisque en bain d’huile |
| Transmission finale | courroie |
| PRESTATIONS | |
| Puissance maximum | 107 ch (80 kW) @ 5.020 tr/min |
| Couple maximum | 175 Nm @ 3.500 tr/min |
| ÉLECTRONIQUE | |
| Moteur | modes de conduite, démarrage sans clé |
| Partie-cycle | contrôle de traction, ABS en virage, démarrage en côte |
| PARTIE-CYCLE | |
| Cadre | tubulaire en acier |
| Suspension avant | fourche télescopique de 49 mm |
| Options de réglage | / |
| Suspension arrière | deux amortisseurs à émulsion |
| Options de réglage | précharge |
| Débattement av/ar | 117/76 |
| Frein avant | deux disques flottants de 300mm, étriers à 4 pistons |
| Frein arrière | un disque de 300mm, étrier simple piston |
| Pneumatique av/ar | 130/60 B19, 180/55 B18 (Dunlop Harley Davidson) |
| DIMENSIONS & POIDS | |
| Empattement | 1.625 mm |
| Angle de chasse | 26 ° |
| Chasse | nc |
| Hauteur de selle | 720 mm |
| Réservoir | 22,7 litres |
| Poids TPF | 380 kg |
| PRIX | |
| à partir de | 33.295 € |
