Ducati fait la fête avec la Collezione 100
Dire qu’à Borgo Panigale, ils osent sortir une version limitée de leurs modèles, c’est un euphémisme du même acabit que de dire que Ducati pourrait bien remporter une course de Superbike cette saison. Quand l’entreprise fondée par les frères Ducati fête ses 100 ans, on sait que quelque chose va se passer… Nous étions présent lorsque le voile a été levé sur la Collezione 100.
Texte : Pieter Ryckaert
Histoire de couleur
Au sein d’un petit groupe très restreint de collègues, nous sommes conduits dans un couloir sombre par quelques représentants de Ducati. Avant que les portes de la salle suivante ne s’ouvrent, on nous rappelle une fois de plus que ce que nous allons voir est soumis à un strict secret. Il y a eu trop de travail pour que tout cela soit divulgué à la légère. Cela doit être l’un des moments forts du centenaire de Ducati, la Collezione 100.
Dès que les portes s’ouvrent, le nostalgique et l’historien de la course qui sommeillent en moi passent à la vitesse supérieure. Smart ! Hailwood ! Uncini ! Supersport ! Scrambler ! Et bon sang, quelques coloris que je ne parviens pas tout de suite à identifier. Car c’est bien de coloris qu’il s’agit avec la Collezione 100 (prononcez : Tjento). Parmi une sélection de plus de 200 combinaisons de couleurs, proposées par à peu près tous les fans de Ducati, les dix coloris les plus emblématiques des 100 dernières années ont été choisies. Seule la couleur a été prise en compte. Pas le succès d’une moto en particulier, car vous ne trouverez pas de Fogarty, Stoner ou Bayliss 100.
Une larme ici et là
La sélection s’est déroulée à l’italienne, avec beaucoup de discussions, de gestes de la main et même quelques larmes ici et là. Une fois la sélection enfin connue, aucun effort n’a été épargné pour reproduire le plus fidèlement possible les coloris d’origine de chaque moto sélectionnée. Ils se sont ainsi heurtés à des modèles pratiquement introuvables, à des peintures des années 70 impossibles à reproduire pour des raisons écologiques, ou à des décolorations gênantes dues au matériau peint. Certains modèles ont essuyé jusqu’à 10 refus pour cause d’imperfection. Aucun échantillon n’a été utilisé. Chaque couleur a été testée à chaque fois sur les motos. Un processus qui a presque rendu fous les partenaires auxquels Ducati a fait appel, mais le résultat est magnifique.
Pas pour tout le monde
Pour chaque modèle, 100 exemplaires arboreront les coloris de la Collezione Cento. Soit 10 coloris, 10 modèles, à raison de 100 exemplaires chacun. Et ceux qui se précipitent déjà à la banque risquent d’être déçus. La collection entière est pratiquement épuisée, réservée à ce que Ducati appelle ses « grands clients ». Ces clients, venus des quatre coins du monde, ont reçu une invitation à un dîner exclusif où ils ont pu découvrir leur Panigale Superleggera V4 Centenario. Leur bon de commande leur a également permis d’être les premiers à s’inscrire à la Collezione 100. La plupart d’entre eux ont d’ailleurs immédiatement ajouté chacun des 10 modèles à leur collection, souvent déjà bien fournie. Avec un prix compris entre 23 000 et 100 000 euros pour les modèles de la série 100, ce n’est pas à la portée de tout le monde. Mais les clients les plus fortunés n’ont pas hésité à s’offrir d’emblée l’ensemble de la série pour un peu plus de 600 000 euros au total… Mais qu’obtiennent ces clients fortunés ?
Panigale V4 S 100
C’est le modèle qui attire le plus l’attention. Il s’inspire de la 750 Imola Desmo Sport avec laquelle Paul Smart a remporté l’Imola 200 en 1972, battant ainsi le grand Giacomo Agostini et MV Agusta. Cette Imola Desmo se distinguait par son carénage aux reflets métalliques et un châssis bleu-vert original. Ducati a parfaitement reproduit ces deux couleurs et les a appliquées sur la V4 S. Ils n’ont pas pu reproduire le célèbre insert en polyester dans le réservoir permettant de surveiller le niveau de carburant, mais une bande peinte le rappelle. L’ensemble du processus de peinture a pris des mois pour obtenir un résultat parfait. Remarquez également les étriers de frein Brembo de couleur bronze. Une couleur unique, développée par Brembo pour Ducati, qui ne sera utilisée que sur cette Collezione 100 et jamais plus par la suite.
Cliquetis
Le même bronze est utilisé sur ce modèle et d’autres pour la plaque numérotée, mais aussi sur le bouchon de réservoir, le carter moteur ou d’autres détails. Autre détail : la selle en Alcantara avec le logo « 100 », la plaque de té de fourche distincte et – tout à fait génial – l’embrayage à sec spécialement conçu pour la V4S et d’autres modèles 100 non tout-terrain. Le cliquetis de cet embrayage à sec fait donc son grand retour. Cet embrayage sera peut-être disponible pour les modèles non 100, mais Ducati n’avait pas encore tout à fait tranché à ce sujet. Sinon, rien ne change au niveau du moteur. Le garde-boue et les ailerons sont en carbone. Parmi les détails sympas, on trouve la béquille de paddock dans les mêmes couleurs, ainsi qu’un casque et une veste uniques offerts au client, assortis à la moto. Sans oublier une œuvre d’art réalisée par un artiste local.
Panigale V2 100
Une couleur très particulière et peu connue, utilisée sur une 750 SS avec laquelle Franco Uncini, futur champion du monde de GP500 en 1981, a remporté le championnat italien de course sur route. L’origine de cette combinaison de couleurs est peu glamour. Pour joindre les deux bouts, Ducati assemblait également, au début des années 70, des blocs moteurs pour Alfa Romeo, entre autres. La couleur bordeaux du cadre de la 750 SS d’Uncini était celle utilisée pour peindre ces blocs moteurs. Peut-être aussi facturée à Alfa Romeo. Cette couleur a été une nouvelle fois parfaitement reproduite. Ce V2 dispose également d’un embrayage à sec et des mêmes détails sympas que les étriers de frein Brembo, la plaque d’immatriculation, la béquille de paddock et la tenue assortie.
Streetfighter V4 S 100
La Streetfighter 100 arbore une livrée qui rend hommage à la 900SS, mais surtout à la Darmah 900. Cette combinaison noir et or est devenue extrêmement populaire au début des années 70 grâce à l’écurie Lotus de F1, sponsorisée par les cigarettes John Player Special. Ducati a emboîté le pas avec la 900SS et la Darmah. À la même époque, une série indienne populaire sur un tigre malais était diffusée à la télévision italienne. Ce tigre a été utilisé comme logo, et Ducati ne l’a pas oublié. Sous l’arrière de la Streetfighter, le tigre rugit, tout comme sur le casque assorti. On retrouve par ailleurs les mêmes détails magnifiques, comme les freins Brembo en bronze, l’embrayage à sec, la béquille de paddock, et j’en passe…
Monster 100
Bien sûr, la Monster occupe également une place de choix dans la Collezione 100, en tant que l’une des gammes de modèles les plus importantes de l’histoire de Ducati. Si ce n’est la plus importante. Le modèle qui a inspiré cette édition est la Monster S4 Rs Tricolore de 2008, la dernière et ultime Monster de la première génération, dessinée par le designer Miguel Galluzzi. Le magnifique tricolore italien a été reproduit avec un grand souci du détail, y compris le blanc nacré, qu’on ne peut pas simplement qualifier de « blanc ». On retrouve à nouveau tous les détails présents sur les modèles précédents, tels que les freins Brembo, l’embrayage, etc.
XDiavel V4 100
La XDiavel a quelque chose d’une moto de dragster, c’est pourquoi on a choisi ici la couleur de la fameuse « California Hot Rod ». Il s’agissait d’une 750SS qui avait remporté les 200 miles de Daytona en 1977. C’est cette victoire qui a fait connaître Ducati aux États-Unis, tout comme l’avaient fait les 200 km d’Imola en Europe cinq ans plus tôt. Jusqu’alors, les Américains ne connaissaient Ducati que pour ses scramblers légères, mais nous y reviendrons plus tard. Les responsables de Ducati attirent ici l’attention non seulement sur la peinture argent/bleu, mais aussi sur les jantes dorées originales. De plus, le boîtier du tableau de bord est unique, en plus de tous les détails mentionnés précédemment qui sont également utilisés sur les autres modèles. La XDiavel 100 est toutefois la seule de la collection 100 à être équipée d’une selle en cuir.
Multistrada V4 RS 100
La Multistrada 100 rend hommage à la Pantah 500SL, un modèle phare de l’histoire de Ducati, car c’est elle qui a jeté les bases de toutes les Ducati modernes. La Pantah a en effet été la première à utiliser une courroie pour actionner les soupapes desmodromiques, abandonnant ainsi l’arbre à cames. Elle a également été la première Ducati à être équipée d’un cadre treillis. On remarque à quel point cette couleur gris argenté rehaussée de détails bleu et rouge sied à la Multistrada. Un détail unique sur cette Multi est le cache en carbone utilisé pour l’embrayage à sec.
Diavel V4 RS100
Bien sûr, la victoire de Mike Hailwood au TT de l’île de Man en 1978 ne pouvait pas manquer à l’appel. La 900SS qu’il pilotait provenait du concessionnaire Ducati britannique Sports Motorcycles ; elle arborait les couleurs du sponsor Castrol, qui imitaient d’ailleurs les couleurs italiennes, et le reste appartient à l’histoire. Ducati considère les répliques Mike Hailwood construites par la suite comme ses premières véritables répliques de course et ses premières « tricolores ». Parmi les détails intéressants, on peut citer le logo Ducati à double bande, conçu par Giorgetto Giugaro, qui a été salué en 1999 comme le designer automobile du siècle et connu notamment pour la Golf Mk1, la Lancia Delta Mk1, la Maserati Ghibli, la DeLorean, la Lotus Esprit, et bien d’autres encore. Autre détail sympathique : la béquille latérale rouge, qui souligne une fois de plus le souci du détail dont Ducati a fait preuve.
Scrambler 100
Les Ducati Scrambler ont vu le jour pour répondre à la demande du marché américain. En 1962, Ducati avait construit une 250 cm³ arborant un logo unique représentant un aigle sur le réservoir. Ce modèle, dont Ducati ne dispose que de brochures, a néanmoins été reproduit aussi fidèlement que possible. La peinture bleue du cadre, du bras oscillant et des garde-boue est particulière. La fixation du guidon est en aluminium usiné. Cette Scrambler 100 n’a pas été équipée d’un embrayage à sec, car celui-ci n’est pas compatible avec une éventuelle utilisation tout-terrain. Mais il faudrait être complètement fou pour aller faire un tour dans le sable avec cette moto…
Hypermotard V2 100
En 1975, Ducati remporta une nouvelle fois la course de 24 heures de Montjuïc, à Barcelone. Et ce, avec une 900SS pilotée par la célèbre équipe NCR, avec Salvador Cañalles et Benjamin Grau au guidon. Cette victoire a mis en avant la fiabilité des Ducati de l’époque, sans parler des victoires à Imola, Daytona et bien d’autres encore. Une raison suffisante pour habiller une Hypermotard de cette couleur rouge et argent et lui ajouter les mêmes détails qui rendent les autres 100 uniques.
DesertX 100
Et enfin, la DesertX. C’est apparemment celle qui a fait l’objet des plus longues discussions à Borgo Panigale. La couleur choisie est celle de la Pantah Ice, une moto construite pour une course sur glace unique organisée par Alfa Romeo en collaboration avec Alfasud. On comprend donc qu’on ait longuement réfléchi, car le résultat rappelle fortement une Suzuki V-Strom. Mais c’est un peu irrespectueux. Et il faut reconnaître à Ducati le mérite d’avoir tout de même rendu hommage à ce pan unique de l’histoire, simplement parce qu’ils aiment cette couleur. Outre les détails uniques, on retrouve ici encore une fois l’absence d’embrayage à sec en raison d’une utilisation tout-terrain potentielle, même si, comme nous l’avons dit, cette possibilité nous semble très faible. Aussi faible que la chance de voir un jour l’une de ces cent Ducati uniques sur la route, peut-être…
