Essai nouveauté Ducati Hypermotard V2 SP : Bête noire
Je me considère comme quelqu’un d’assez ouvert d’esprit en matière de motos. Il en faut vraiment beaucoup pour que je n’apprécie pas. J’essaie toujours de me mettre à la place de quelqu’un qui, lui, peut apprécier une moto donnée. Mais il y a des machines qui dépassent ma capacité d’empathie. La Ducati Hypermotard en fait partie.
Texte : Pieter Ryckaert
Je me souviens encore comment, il y a 20 ans, je me trémoussais littéralement sur ma chaise devant les premières images de la Ducati Hypermotard, qui apparaissaient pixel par pixel sur l’écran de mon PC via un modem hors du temps. Cette image mythique de Ruben Xaus, le pouce levé, qui a fait la couverture de tous les magazines, attisait encore mon enthousiasme. Et après un seul virage, tout cet enthousiasme s’était envolé, pour ne plus jamais revenir. Trop rigide, trop nerveuse, trop brutale et d’une ergonomie inexplicable en termes de position de conduite.
Alors que je pouvais m’enthousiasmer en produisant des traces de caoutchouc de plusieurs mètres de long sur le sol avec des concurrentes comme la KTM 990 SM ou la BMW Megamoto, j’étais assis sur l’Hypermotard comme si je roulais encore avec un « L » à côté de ma plaque d’immatriculation. C’était l’Hypermotard qui me conduisait, et non l’inverse.
Laïus promotionnel
Et aucune des générations suivantes n’a remis en cause mon jugement. Pas plus que les propriétaires débordants d’enthousiasme. Je suis donc assis, plutôt sur la défensive, dans mon siège aux couleurs de Ducati, dans un stand décoré de l’Autodromo di Modena, à écouter le laïus promotionnel. Car c’est là que brille la bête rouge, blanche et noire dans sa quatrième incarnation.
Sans desmo
Le moteur sans desmo que l’on retrouve également sur les Monster, Streetfighter et Panigale V2 développe 120 ch et, apparemment, sur cette version SP, la moto pèse 14 kilos de moins que sa prédécesseur. Génial. Rendez la moto la plus nerveuse que je connaisse encore un peu plus nerveuse. Le cadre est un petit monocoque en aluminium, le bras oscillant désormais classique à double branche (plus léger et plus rigide) est frêle, et les puissants freins Brembo M50 monoblocs montés sur la roue avant forgée sont intimidants. La hauteur de selle est de 880 mm. À mes oreilles, tout cela sonne faux.
Inspirant
On ne peut toutefois pas en dire autant du V2, surtout avec l’échappement Termignoni en option qui offre 4 ch supplémentaires, pour un gain de poids de 4 kg. Le premier groupe de collègues file déjà à toute allure, rares sont ceux qui gardent les deux roues au sol, et le son est magnifique. Le moteur monte jusqu’à 10 750 tours/min, les soupapes à commande desmodromique ont été remplacées par une distribution variable des soupapes, du moins du côté admission. Cela semble inspirant.
Psychopathe
Vingt minutes plus tard, c’est mon tour. La hauteur de selle exige une certaine souplesse que je n’ai plus, mais une fois assis, la position me semble enfin anatomiquement correcte. J’envisage un instant de sélectionner le mode « Rain » de 95 ch, voire la version A2 de 35 kW, mais je la laisse finalement en mode « Sport ». Il y a aussi le mode « Race », mais ça, ce sera pour plus tard. Gloussement. Je n’ai pas le temps de régler les autres paramètres du contrôle de traction, du contrôle de wheeling, du frein moteur et de l’ABS, car Alessandro Valia, pilote d’essai Ducati et – je suppose – psychopathe à temps partiel, s’élance déjà hors des stands, signe que nous devons nous mettre en route et le suivre.
Premières impressions
Je ne connais pas Modène, il faut donc un peu de temps pour s’y repérer, et l’Hypermotard ne s’avère toujours pas la plus docile, comme je m’en doutais ; elle exige encore une attention que l’on préférerait consacrer à la découverte du tracé. Les pilotes débutants sur circuit feraient bien d’en prendre bonne note. C’est surtout la combinaison d’un frein avant agressif et d’un châssis nerveux qui provoque une certaine agitation. Mais une première remarque positive concerne la souplesse du moteur, associée à un excellent quickshifter. Il n’est plus question que l’Hypermotard me saisisse à la gorge à chaque mouvement de mon poignet droit.
Valium
Deuxième remarque : les suspensions sont réglées de manière assez souple. Autrement dit, je sens que les bosses sont en grande partie amorties, au lieu d’être transmises directement au cadre. Avant que je puisse découvrir d’autres choses, la séance est déjà terminée. Il est temps de réfléchir un peu au circuit, aux points à améliorer, et d’admettre que cette Hypermotard m’a agréablement surpris. Je n’ai, pour ainsi dire, pas besoin de Valium avec mon café. Il est temps de se remettre au travail.
Filet de sécurité
Le collègue avec qui je partage la moto a entre-temps réglé tous les systèmes électroniques au niveau 1, le minimum, et avant même que je puisse y changer quoi que ce soit, on me renvoie déjà sur la piste. C’est donc moi contre l’Hypermotard, sans véritable filet de sécurité. C’est fou. Et ça marche à merveille. Après un tour de mise en jambe, j’attaque les virages avec plus de conviction que jamais. À tel point que la garde au sol devient rapidement un problème. Mais c’est surtout le moteur qui me séduit. Juste au moment où l’on croit arriver au rupteur, il y a encore un coup de fouet. Je ne sais pas si cela tient au calage variable des soupapes, mais cela rappelle un peu le VTEC de Honda d’antan. Mais en plus sympa.
Absorbé
Ce n’est qu’à la sortie du dernier virage que l’Hypermotard ose se cabrer, ce qui envoie un collègue droit dans le bac à sable. Et dans le deuxième virage serré à droite, quelques bosses monumentales n’inspirent guère confiance non plus. Mon collègue fait la même expérience et, en concertation avec Ducati, la précharge de la suspension arrière est durcie, tout comme l’amortissement en compression. Et la différence est énorme. Le cabrage a disparu, la tenue de route est plus stable, la garde au sol est un peu moins critique et même les bosses du virage numéro deux sont mieux absorbées.
Dérapage
Je teste le frein avant en virage, convaincu que tout ira bien. Je trouve cette Hypermotard vraiment sympa. Et elle ne se met à déraper spontanément qu’une seule fois lors d’un freinage. À la sortie des virages, je sens parfois les excellents Pirelli patiner un peu à la recherche d’adhérence, mais je ne me suis jamais aventuré aussi loin sur aucune Hypermotard précédente.
Plaisir
La combinaison du frein avant et d’un châssis rigide peut encore vous mettre dans l’embarras. Ce frein mord très directement, mais on arrive tout de même à bien le doser à condition de faire preuve d’un peu de subtilité avec l’index et le majeur. La position du sélecteur de vitesses me fait louper le quickshifter à plusieurs reprises et les contacts avec le sol continue de ronger les sliders. Mais le moteur sublime et un châssis plus stable font que, pour la première fois, je m’amuse énormément sur une Hypermotard. Je me surprends même à penser que j’aimerais bien l’essayer sur mes routes préférées, ce que j’aurais auparavant toujours gentiment refusées.
Conclusion
Cela ne signifie toutefois pas que je l’achèterais. Car lorsque je mets en balance ma surprise positive et son prix, je tressaille tout de même un peu. Mais disons que j’ose désormais recommander l’Hypermotard à ceux qui peuvent se permettre ce prix, comme la machine à plaisir la plus viscérale qui soit, sans doute sans égale. Car il n’y a pas ou presque pas de concurrence, à moins que ce ne soit la 698 Mono de la même maison. Ou la version non-SP, qui utilise des composants trois kilos moins chers et dispose d’une suspension KYB et Sachs moins exclusive. En tout cas, je retiens que je me suis débarrassé d’une bête noire…
Les plus et les moins
| Les plus | Les moins |
| Moteur V2 puissant et inspirant | Conduite toujours nerveuse et exigeante |
| Quickshifter exceptionnel | Frein avant très direct/agressif |
| Châssis amélioré et plus stable | Garde au sol réduite |
Données techniques Ducati Hypermotard V2 SP
| MOTEUR | |
| Type | bicylindre en V à 90° à refroidissement liquide, distribution variable à l’admission |
| Cylindrée | 890 cc |
| Alésage x course | 96 x 61,5 mm |
| Soupapes/cylindre | 4 |
| Taux de compression | 13:01 |
| Alimentation | injection électronique |
| Embrayage | multidisque en bain d’huile, assisté |
| Boîte de vitesses | 6 rapports |
| Transmission finale | chaîne |
| PRESTATIONS | |
| Puissance maximum | 120,4 ch (88,5kW) @ 10.750 tr/min |
| Couple maximum | 94 Nm @ 8.250 tr/min |
| ÉLECTRONIQUE | |
| Moteur | modes de conduite, modes de puissance, contrôle de frein moteur |
| Partie-cycle | contrôle de traction, de wheeling, ABS en virage |
| PARTIE-CYCLE | |
| Cadre | monocoque en aluminium |
| Suspension avant | fourche inversée de 48 mm |
| Options de réglage | entièrement réglable |
| Suspension arrière | monoshock |
| Options de réglage | entièrement réglable |
| Débattement av/ar | 170/160 mm |
| Frein avant | deux disques semi-flottants de 320mm, étriers radiaux Brembo à 4 pistons |
| Frein arrière | un disque de 245mm, étrier à double piston |
| Pneumatique av/ar | 120/70-17, 190/70-R17 |
| DIMENSIONS & POIDS | |
| Empattement | 1.514 mm |
| Angle de chasse | 26° |
| Chasse | 110 mm |
| Hauteur de selle | 880 mm |
| Poids à vide | 177 kg |
| Réservoir | 12,5 litres |
| PRIX | |
| À partir de | 19.990 € |
