La magie de Motul et l'Alta Via del Sale
Son nom sonne comme une promesse : la Haute Route du Sel. L’Alta Via del Sale relie le Piémont et les Alpes françaises à la mer de Ligurie. Ce qui était autrefois une route militaire, puis l’une des routes du sel sur lesquelles des mulets transportaient de précieuses cargaisons à travers les montagnes, est aujourd’hui un spectaculaire itinéraire non goudronné. Nous l’avons parcouru du col de Tenda à Briga Alta, avec la CFMoto 450 MT, dont les seules modifications étaient les pneus Bridgestone AX41 et un peu plus de sécurité grâce à Motul. Et croyez-nous : c’est une route où vous avez besoin de pneus fortement sculptés et d’une chaîne en très bon état.
Texte : Jules Hermie
Terre, gravier et histoire
L’Alta Via del Sale serpente sur 30 kilomètres à travers la crête principale des Alpes, entre 1 800 et 2 100 mètres d’altitude. En partant de Limone Piemonte en direction de Monesi, vous serez immédiatement plongé dans un paysage qui semble parfois presque extraterrestre. Des rochers nus, des plateaux karstiques, des virages en épingle à cheveux et, de temps à autre, un précipice qui vous rappelle que ce n’est pas une route de montagne ordinaire. Le chemin est entièrement non bitumé, recouvert de pierres instables, de rochers et de plaques rocheuses acérées. Au XIVe et XVe siècle, on y transportait du sel provenant des ports méditerranéens autour de Nice. Au XVIe siècle, le trajet a été amélioré pour devenir une voie de communication militaire. En chemin, vous passez encore devant d’anciennes fortifications et tours de guet qui soulignent la valeur stratégique de la route. On a l’impression de rouler dans un musée en plein air, mais un musée où l’homme et la moto sont constamment mis au défi.
Bien préparées
Sachant que le temps dans les Alpes peut être très variable et que le revêtement de la Via del Sale est très accidenté, nous avons traité la chaîne de transmission de la 450 MT avec du Motul C3 Off Road Chain Lube. Compte tenu des conditions boueuses, cela s’est avéré être un excellent choix. Tout comme l’utilisation du Motul EZ lube, un lubrifiant ultrafin qui a également permis de réduire considérablement l’adhérence de la boue sous les garde-boue et sur le bloc moteur. Pour le trajet intensif entre la Belgique et les Alpes italiennes et le retour, ainsi que pour le travail difficile sur la Via del Sale, le bicylindre a continué à fonctionner avec l’huile que nous utilisons depuis le premier jour : la Motul NGEN7 10- W50. NGEN est basé sur de l’huile régénérée et cette variante a une plage de température particulièrement large. Pratique lorsque vous vous rendez en septembre en montagne dans des cols où la température peut varier entre 5 et 40 degrés. Malheureusement, nous étions plutôt dans la partie basse de cette plage.
La partenaire idéale
Le twin CFMoto n’a pas bronché. La 450 MT s’est même révélée être la partenaire idéale. Avec ses 42 ch, ce n’est pas un bolide, mais c’est justement sur ce terrain que son faible poids s’avère très utile. Là où les motos plus lourdes peinent dans les virages serrés ou sur dans le gravier, la 450 MT se manœuvrait avec aisance et assurance. Les pneus Bridgestone AX41 y ont largement contribué. Ce pneu est conçu pour les motards qui quittent les routes goudronnées, mais il est également très performant sur l’asphalte. Son profil bien sculpté s’agrippe au gravier, aux cailloux et aux pierres instables, offrant une traction optimale. Entre le Rifugio Don Barbera et Monesi, nous avons essuyé une forte averse. Malgré les conditions humides, nous n’avons constaté aucune différence de performances : les AX41 ont continué à offrir une excellente adhérence et nous ont donné confiance, quel que soit le temps.
D’impressionnants cols
Certains jours, la route n’est accessible qu’aux motos. Celle-ci nous emmène à travers d’impressionnants cols de montagne tels que le Colle della Perla (2085 m), le Colle del Lago dei Signori (2130 m), le Colle delle Selle Vecchie (2097 m) et le Colle della Boaria (2102 m). Des noms qui résonnent comme une musique douce aux oreilles de ceux qui aiment l’aventure en montagne. Par temps clair, certains points de vue permettent d’apercevoir la mer Méditerranée, créant un contraste surréaliste entre le monde sauvage de la montagne et l’horizon bleu. Mais ne vous y trompez pas : ce n’est pas une route à prendre à la légère. Les précipices abrupts exigent de la concentration et le revêtement peut être traître.
Un monde plein de contrastes
La beauté de l’Alta Via del Sale ne réside pas seulement dans le chemin lui-même, mais aussi dans les paysages que vous traversez. Parfois, vous avez l’impression d’être sur une autre planète : la région de Carsene, un vaste plateau karstique aux formations presque lunaires, est l’un des tronçons les plus impressionnants. Quelques kilomètres plus loin, vous traversez le Bosco delle Navette, une forêt dense où la lumière et l’ombre jouent sur le sentier, offrant un décor totalement différent. Cette partie des Alpes ligures et maritimes est connue pour son exceptionnelle biodiversité. Plus de 2 600 espèces végétales y poussent, car les versants sud bénéficient d’un climat méditerranéen doux. Les versants nord, quant à eux, ont un climat continental de montagne. Il en résulte un mélange unique de fleurs, d’herbes et d’arbres qui sont parfois littéralement différents d’un côté à l’autre de la même montagne.
Une touche de mystère
Le long du parcours, vous passerez également devant des fortifications militaires datant du XIXe siècle. Ces gardiens de pierre silencieux rappellent une époque où ces cols revêtaient une grande importance stratégique. Aujourd’hui abandonnés, leur présence ajoute une touche de mystère à un voyage déjà imprégné d’histoire. L’Alta Via del Sale n’est donc pas seulement un itinéraire spectaculaire à parcourir en moto. C’est aussi une artère vibrante d’un réseau plus vaste de sentiers et de routes militaires qui s’étendent entre l’Italie et la France, entre les montagnes et la mer.
En direction du col de Tanarello
L’Alta Via del Sale est spectaculaire, mais ce n’est qu’un des nombreux chemins non goudronnés qui sillonnent cette région frontalière entre l’Italie et la France. Depuis Briga Alta, vous pouvez continuer en direction du col de Tanarello (2 042 m). Il s’agit d’un passage sur la crête principale des Alpes ligures, exactement à la frontière entre l’Italie et la France. Nous avons décidé de suivre ce chemin pendant un certain temps, et nous avons rapidement compris qu’il était d’un tout autre calibre. Les ornières étaient profondes et traîtresses, parfois jusqu’à un mètre de profondeur – mieux vaut éviter de s’y retrouver avec une moto.
En route vers le sommet, nous avons également dû affronter la boue, ce qui a rendu l’aventure encore plus difficile. Il s’agit d’une variante plus longue et plus intense de la Via del Sale, et donc d’un rêve pour ceux qui veulent vraiment repousser leurs limites et celles de leur moto. En chemin, nous avons croisé de vastes troupeaux de moutons, gardés par d’imposants patous. Ces quadrupèdes prennent leur tâche très au sérieux : si vous vous approchez trop près, ils vous aboyent dessus sans ménagement, voire pire.
À recommander
Ce qui rend l’Alta Via del Sale unique, c’est la transition progressive du paysage alpin vers un décor méditerranéen. Alors que vous commencez votre randonnée entre des pics dénudés et rocailleux, vous descendez à la fin le long de forêts, d’herbes aromatiques et de brises chaudes venant de la mer. C’est comme si vous traversiez plusieurs mondes en un seul voyage. La route se termine à Briga Alta, un petit village de montagne qui semble être une récompense après ce trajet intense. De là, la route continue vers Monesi et, si vous le souhaitez, jusqu’à la côte ligure. Mais l’aventure se déroule là-haut, sur la crête escarpée où l’histoire, la nature et le plaisir de conduire se rencontrent.
L’Alta Via del Sale est-elle l’une des plus belles routes non carrossée d’Europe ? Absolument. Ce n’est pas un endroit pour la vitesse, mais pour la technique, la maîtrise et le pur plaisir de la nature. Une route que l’on ne peut emprunter que pendant les mois d’été, lorsque la neige a fondu et que l’itinéraire est ouvert. Et une route qui montre à quoi servent vraiment les motos de type d’aventure. Avec la CFMoto 450 MT, équipée de pneus Bridgestone bien sculptés et avec l’aide de Motul, nous avions la combinaison parfaite pour cette aventure. Ce fut intense, stimulant et d’une beauté à couper le souffle. Ou, pour résumer en une phrase : l’Alta Via del Sale n’est pas une route que l’on emprunte, c’est une route que l’on vit.
