Harley-Davidson Pan America S et BMW F900XR : 5 000 km de virages
En avril dernier, l’envie de rouler devenait irrésistible à la sortie d’un hiver toujours trop long. Comme destination : le parador de Teruel, au centre de l’Espagne ; et comme montures, la Harley-Davidson Pan America S et la BMW F900XR. Deux motos si différentes qui ne demandaient qu’à s’unir le temps d’un voyage. Les motos actuelles sont-elles encore faites pour voyager ? Démonstration.
Limited limité
Au départ, nous devions recevoir la Pan America dans sa version Limited, full équipée. Les Harley-Davidson mises à la disposition de la presse viennent des Pays-Bas et sont livrées chez le concessionnaire de notre choix, en l’occurrence HD à Spy. Surprise : la moto que l’on descend du camion est la version Special, sans aucun équipement, avec 450 km au compteur. L’essai de la Limited sera donc pour une prochaine fois. Ayant déjà essayé la Pan America lors de sa sortie en 2021, je savais que pour parcourir plusieurs centaines de kilomètres quotidiennement, quoi de mieux qu’un trail dans une configuration la plus routière possible. Et la Pan est tout sauf un trail classique. La F900XR, reçue chez BMW Louyet à Bruxelles, dont l’écran affiche 600 km, est conforme à la description du catalogue. Aucune bagagerie non plus, mais elle est pourvue du GPS ConnectedRide. Accessoire plus qu’important quand on décide de sillonner la Belgique, la France et une partie de l’Espagne uniquement par les chemins de traverse.
Première étape : fixer nos sacs sur les motos. Henri Hesbois (ex-concessionnaire Yamaha et partenaire pour cet essai) fixe son sac Givi sur le porte-bagage de la BMW avec les quatre lanières prévues à cet effet. Pour ma part, j’opte pour un sac étanche que j’attache avec des élastiques (sandows), l’allié de choix de tout motard, à l’arrière de la Pan où de nombreux points d’ancrage sont disponibles. Les pleins sont faits en Belgique car le carburant y est moins cher qu’en France, les autonomies annoncées sont de plus de 450 km pour la HD et 350 pour la BMW.
L’Eau d’Heure
Au vu des applications disponibles actuellement sur le marché (Calimoto, OSMAN, Whip Live, Komoot, Degré 68…), il n’est plus nécessaire de prévoir son itinéraire avant le départ. Encodés les noms de villages ou villes sur votre smartphone suffisent. L’appli fait le reste dans la configuration « routes sinueuses » sélectionnée au préalable. Au départ de Namur, nous traversons donc la région du barrage de l’Eau d’Heure avant de passer en France en direction de Cosne-Cours-sur-Loire, qui sera notre première étape. La Champagne et un peu plus de 500 kilomètres seront parcourus avec les poignées chauffantes enclenchées, sous un beau soleil mais avec 10 °C affichés sur nos écrans respectifs. Ibis et Buffalo Grill seront nos amis du soir. Petit échange de commentaires avec mon compagnon de voyage. La F900XR, son bicylindre de 105 chevaux et ses 216 kg, est d’une facilité déconcertante à piloter. Le moteur reprend dès les plus bas régimes, ce qui permet de rouler sur le couple en enroulant. Parfait pour voyager. Petit bémol pour le plexi, qui manque un peu de hauteur pour détourner efficacement la pression du vent. Comme nous n’empruntons que des départementales, notre vitesse de croisière est raisonnable et ce manque de taille ne risque pas de nous ennuyer, pour l’instant. Dépasser de 30 km/h la vitesse autorisée en France et c’est adieu le permis et si vous êtes en excès de plus de 50 km/h, vous passez par la case « prison ». Deux bonnes raisons de ne pas se laisser aller à trop essorer la pignée de gaz.
J’avais oublié la longueur de la Pan et cette béquille latérale montée sur ressort, tant vers le haut que sur les côtés qui ne simplifie pas toujours le béquillage. La bulle n’est pas électrique mais une fois placée en position haute, elle me protège bien. Une position que je conserverai durant tout le traet. Pour profiter d’un maximum de confort et roulant à vitesse modérée, J’ai sélectionné le mode de conduite « pluie », qui assouplit les suspensions. Je n’ai, pour l’instant, pas besoin des 150 chevaux proposés par le V-Twin de 1 252 cm³ : 100 chevaux me conviennent parfaitement.
Pluie et brouillard
Les deux journées suivantes, qui vont nous amener dans les Pyrénées Orientales à Amélie-les-Bains, à 20 km de Perpignan, se passeront sous la brume, la pluie et le brouillard, avec une température oscillant entre 4 et 10 degrés. Nous nous couvrons de tout ce que contiennent nos sacs en matière de vêtements et, après une première halte à Peyrillac-et-Millac en Dordogne pour nous réchauffer, dormir et faire sécher notre équipement, nous reprenons la route. Les deux premières centaines de kilomètres sont parcourues sur des départementales bien glissantes et au vu de la météo, on décide de prendre l’autoroute entre Albi et Perpignan Sud, soit un peu plus de 150 km que l’on s’enfile un poil au-dessus de la vitesse réglementaire. Quand un motard a froid, seule la vitesse le réchauffe (proverbe à suivre avec modération). À Amélie-les-Bains, nous rejoignons un groupe de onze motos que je vais guider durant six jours dans les recoins les plus reculés de l’Aragon. Au relais motards, l’hôtel du Beau Site, que je vous recommande vivement, vous serez accueillis par Valérie, qui ne cessera de vous resservir à table et acceptera de remettre le disjoncteur sur ON afin que vous puissiez vous réchauffer et activer les radiateurs électriques placés dans les chambres. La veille, il faisait 28 degrés ; aujourd’hui, c’est pluie, vent et 10 degrés.
Nos deux montures sont toujours en pleine forme, déjà 1.205 km de parcourus. Avec un peu plus de 5 litres aux 100 km (sauf sur autoroute), la HD se montre assez économique. Pour une moto de 258 kg, c’est plus que raisonnable. La F900XR joue dans la catégorie des poids légers avec ses 4 litres. Son réservoir étant de 15 litres et celui de la Pan de 21 litres, les arrêts à la pompe sont synchronisés tous les 350 km, avec une SP95 entre 2 et 2,5 €, sauf chez Total (max. 1,99 €), que les files nous font éviter. Bien que les deux motos soient équipées du Keyless, le bouchon de réservoir de la Harley nécessite l’utilisation de la clé insérée dans la commande pour son ouverture. Avec la BMW, il faut couper le contact et attendre quelques secondes avant de pouvoir ouvrir l’orifice de remplissage.
Costa Brava
Vu la météo très venteuse et pluvieuse en ce lundi matin, j’abandonne l’idée de rejoindre Manresa au nord de Barcelone par les Pyrénées et de suivre les routes côtières qui lient Collioure, Rosas et Lloret de Mar avant de remonter par l’intérieur de la Catalogne vers l’hôtel Món Sant Benet, à Sant Fruitós de Bages. Un repère de haut rang où la gastronomie espagnole est renommée et où les 4 étoiles sont justifiées Avant de pouvoir profiter de son accueil, les cinq Ducati Multistrada (950, 1200 V4S, Rally et RS), une Scrambler, une BMW R1250RT, deux Aprilia Tuono Factory et Caponord, une Yamaha Tracer 9 GT, une Africa Twin 1000, une KTM 1290 GT, ainsi que nos F900XR et Pan America, auront dû avaler 325 km de virages. Par chance, le soleil a fait son apparition en milieu de journée.
Aragon for ever
On entre à présent dans le vif du sujet avec une première partie de journée consacrée à rejoindre Reus et Cambrils, où nous prenons notre repas de midi en bord de mer, sous un beau ciel bleu qui ne nous quittera plus durant toute la semaine. L’Aragon s’ouvre à nous avec ses routes constellées de virages, de gorges et de canyons que nous empruntons d’abord jusqu’à Alcañiz, où nous nous reposons à l’hôtel du circuit MotorLand. Cette deuxième journée de 300 km, parcourue à bon rythme grâce à la maniabilité de la F900XR et aux 150 chevaux de la Pan America, nous revigore après l’intermède froid et pluvieux subit durant les 4 premières journées. L’Espagne est LE pays européen voué à la moto. Les routes sont en excellent état, la police fait son travail en milieu urbain mais vous laisse tranquille dans les zones désertiques, où vous pouvez vous concentrer uniquement sur votre conduite et votre sécurité. Ne scrutez pas l’horizon à la recherche d’un radar mobile : il n’y en a pas.
Nous quittons l’hôtel Ciudad de Alcañiz pour un autre parcours tout aussi sinueux de 331 km vers Teruel. La BMW évolue constamment en mode Dynamic, alors que sur la HD, je passe du mode Route au mode Sport selon mes humeurs. Mais ne vous y trompez pas : l’une et l’autre moto font jeu égal malgré les 105 et 150 chevaux délivrés par leurs moteurs respectifs. La route n’est pas un circuit, et l’on évolue malgré tout sur un troisième mode, dénommé « vacances ». Équipée de pneus Michelin Scorcher Adventure (170/60 R17 et 120/70 R19), la Pan America m’incite à conserver une conduite en dedans tout au long de ce road trip. Je garde en mémoire les jours passés sur routes humides et détrempées lors de la descente vers le sud, où la glisse m’attendait à chaque virage. Évitez ce genre de pneus mixtes sur une moto d’un tel poids et avec autant de chevaux. Avec la BMW, no stress : les Michelin Road 6 offrent une conduite sans souci.
Pit stop
En quittant l’hôtel Spa Ciudad de Teruel, le conducteur de l’Aprilia RSV 1000 Tuono Factory R passe chez un revendeur de pneus pour changer ses enveloppes déjà sur la toile. Ce n’est pas que son pilote roule vite, mais il n’hésite pas à prendre de l’angle après avoir déconnecté toutes ses assistances et provoquer la glisse de la roue arrière. Calatayud est notre prochaine destination, avec 326 kilomètres de virages où nous traversons de splendides forêts et serpentons dans des vallées toutes aussi belles les unes que les autres.
Calatayud est notre prochaine destination, avec 326 kilomètres de virages où nous traversons de splendides forêts et serpentons dans des vallées toutes aussi belles les unes que les autres. Le ravitaillement prévu à mi-parcours à Molina de Aragón sera fatal à certains, qui tomberont en panne à quelques kilomètres de la station-service. Mieux vaut avoir de l’autonomie dans ces contrées dépeuplées. J’en profite, sur la Pan America comme sur la BMW, pour abaisser la pression des pneus à 2,2 et 2,5 bars au lieu des 2,5 et 2,9 généralement conseillés.
RAS
Nos deux motos ont déjà parcouru plus de 2 000 kilomètres, et le niveau d’huile n’a pas bougé. Aucune alerte ne s’est affichée sur les écrans. Côté confort, la HD prend le dessus sur la F900XR grâce à ses suspensions actives plus élaborées et à une selle plus confortable. Il n’empêche que l’allemande, assemblée à Berlin et équipée de son moteur Loncin (made in China), mélange les genres avec son appellation XR, gage de sportivité, alors qu’elle peut se comporter comme un trail. Détail à ne pas oublier sur la Pan America : mettre le contact avant de s’asseoir sur la moto. Cette fonction abaisse la moto et facilite sa mise en selle
Les applications BMW Motorrad et Harley-Davidson sont indispensables si vous souhaitez profiter de la navigation ou de converser avec votre moto. Malheureusement, la liaison est souvent aléatoire, et mieux vaut se fier à un GPS ou à son smartphone pour savoir où l’on est et où l’on va. Le ConnectedRide de la BMW est placé trop bas et oblige à quitter la route des yeux alors que sur la HD, mon Iphone et mon GPS Garmin 66ST ont trouvé leur place. Dommage qu’il n’y a qu’un port USB C dans lequel je suis obligé d’alterner les recharges.
Show must go on
L’itinéraire entre Calatayud et Tremp sera moins captivant que les précédents. Quelques virages en remontant vers le nord, puis une traversée d’ouest en est vers la vallée de la Noguera Pallaresa. Les 50 derniers kilomètres seront en revanche passionnants, avec un enchaînement de courbes qui longent les barrages. Du beau et du bon, ponctués par une station-service où la SP95 est vendue à 1,347 € le litre en pleine crise pétrolière. Comme quoi, l’Europe n’est pas la même partout. L’hôtel Segle XX, sa piscine olympique, son parking souterrain et son accueil valent à coup sûr le détour. À Tremp, il ne faut pas hésiter à profiter des ramblas, où l’on vit à l’espagnole. Les terrasses affluent avec leurs tapas, les enfants jouent en totale liberté et personne ne se plaint du bruit.
Après cette dernière soirée espagnole, le départ du lendemain sera l’occasion de se séparer de ce groupe qui prend le chemin du retour pour retrouver leurs camionnettes et remorques à Amélie-les-Bains via Berga et 258 km de cols pour cette dernière journée de moto. Quant à nous, nous allons encore serpenter dans les cols pyrénéens pour rejoindre Saint-Gaudens de l’autre côté des Pyrénées et Peyrillac-et-Millac où nous ferons notre dernière halte avant d’enquiller 850 kilomètres de nationales et départementales vers Namur. Soit encore 1300 kilomètres passés sous le soleil, bercés par nos deux bicylindres si différents mais avec lesquels ce voyage express s’est déroulé avec beaucoup de plaisir. La F900XR a démontré toute son aisance et sa facilité de conduite grâce à son poids et sa maniabilité. Un seul reproche, le manque de confort de sa selle, comme sur quasi toutes les motos actuelles. En revanche, l’aspect pataud de la Pan America S se compense très vite par la célérité de son moteur et ses 150 chevaux. En virages serrés, elle est obligée de rendre la main, surtout avec de tels pneus où le contrôle de traction ne cesse de couper le déferlement de puissance enfermé dans ses carters.
Conclusion
Harley-Davidson Pan America Special et BMW F900XR : deux motos bien différentes, affichant des prix allant du simple au double (20 750 € pour l’américaine et 10 950 € pour l’allemande). Au terme de ces 5 000 kilomètres parcourus en un peu plus d’une semaine, le bilan est très positif. Chacune affichant ses spécificités, elles brillent par leur aisance à circuler partout. Oubliez cependant l’off-road avec la HD : elle n’est pas faite pour ça, mais bien pour avaler les kilomètres. La Pan America S et la F900XR peuvent vraiment être rangées dans la catégorie des vraies routières, à condition d’ajouter quelques équipements comme des sacoches, un top case et une selle confort pour la BMW.
Les plus et les moins
Harley-Davidson Pan America Special
| Les plus | Les moins |
| Confort | Pas le tempérament HD |
| Accessibilité | Un seul port USB-C |
| Autonomie | Monte d’origine de pneus mixte |
BMW F900XR
| Les plus | Les moins |
| Trail et sport à la fois | Selle |
| Econome | Position du GPS |
| Comportement moteur | |
| Tarif |
Données techniques Harley-Davidson Pan America 1250 Special
MOTEUR
Type bicylindre en V Revolution Max, DOHC, distribution variable
Cylindrée 1.252 cc
Alésage x course 105 x 72,3 mm
Soupapes/cylindre 4
Taux de compression 13:1
Alimentation Injection électronique
Embrayage multidisque en bain d’huile
Boîte de vitesse à 6 rapports, à glissement limité
Transmission finale par chaîne
PRESTATIONS
Puissance maximum 150 ch (112 kW) @ 9.000 tr/min
Couple maximum 127 Nm @ 6.750 tr/min
ÉLECTRONIQUE
Moteur modes de conduite, IMU, quickshifter
Partie-cycle ABS et antipatinage sensible en inclinaison, DSCS, démarrage en côte, freinage couplé
PARTIE-CYCLE
Cadre treillis en acier, moteur porteur
Suspension avant fourche inversée Showa de 47 mm
Options de réglage précharge et compression
Suspension arrière monoshock avec amortisseur Showa
Options de réglage précharge
Débattement av/ar 170/170 mm
Frein avant deux disques flottants de 320 mm, étriers Brembo radiaux à 4 pistons
Frein arrière un disque de 280 mm, étrier simple piston
Pneumatiques av/ar 120/70R19, 170/60R17 (Michelin Scorcher Adventure)
DIMENSIONS & POIDS
Longueur 2.270 mm
Empattement 1.585 mm
Angle de chasse 25°
Chasse 95 mm
Hauteur de selle 787 à 825 mm
Poids TPF 258 kg
Réservoir 21,2 litres
PRIX
À partir de 20.750 €
Données techniques BMW F 900 XR
MOTEUR
Type: Bicylindre 4 temps vertical refroidi par eau, DOHC, 8 soupapes, lubrification par carter sec
Cylindrée: 895cc
Alésage x course: 86 x 77 mm
Taux de compression: 13,1:1
Alimentation: injection électronique
Embrayage: multidisque en bain d’huile
Boîte de vitesse: à 6 rapports
Transmission finale: par chaîne
PRESTATIONS
Puissance maximum: 105 ch (77 kW) à 8.500 tr/min
Couple maximum: 93 Nm à 6.500 tr/min
ELECTRONIQUE
Moteur: 4 modes de conduite (Rain, Road, Dynamic, Dynamic Pro options)
Aides à la conduite: contrôle de traction
PARTIE CYCLE
Cadre: poutre tubulaire en acier de conception bouclier
Suspension avant: fourche inversée de 43 mm
Option de réglage : électronique (Dynamic ESA, option)
Suspension arrière: monoshock
Option de réglage : électronique (Dynamic ESA, option)
Débattement av/ar: 170/172 mm
Frein avant: Double disque flottant de 320 mm, étriers à 4 pistons à fixation radiale, ABS BMW
Frein arrière: Un disque de 265 mm, étrier flottant 1 piston, ABS BMW
Pneumatique av/ar: 120/70 R17, 180/55 R17
DIMENSIONS & POIDS
Empattement: 1.521 mm
Angle de châsse: 64°
Hauteur de selle: 820 mm (options entre 775 mm et 845 mm)
Poids total TPF: 222 kg
Réservoir: 15,5 litres
PRIX & INFO
Prix: 10.950 €
