Essai nouveauté Yamaha Ténéré 700 World Raid : Typiquement originale
En même temps que la nouvelle Ténéré 700 World Raid, Yamaha lance le terme « Adventouring ». Nous avons cherché à comprendre ce que cela signifiait exactement durant un parcours de 250 km en Sicile.
Texte : German Ooms
Adventouring
Les nouveaux termes marketing ne sont souvent que du blabla pour le commun des mortels. Mais lors de la présentation à la presse de la World Raid, nous avons tout de même tendu l’oreille en entendant ce nouveau terme. D’autant plus que la Ténéré World Raid montre, depuis sa naissance en 2022, des signes d’une crise existentielle. Avec son grand réservoir de 23 litres et son look proche d’une vraie moto de rallye, elle respire l’aventure. Mais avec son petit bicylindre d’à peine 73 ch, il lui manque environ 50 % de puissance pour se rapprocher ne serait-ce qu’un peu des monstres de la catégorie comme la BMW R 1300 GS ou la Ducati Multistrada V4.
C’est pourquoi Yamaha a inventé le terme « Adventouring », qui lui permet, en théorie, de se démarquer. Mais qui, en réalité, revient à dire ce que toutes les autres marques font déjà sous l’appellation « moto d’aventure ». En clair : une machine qui vous invite à de longues randonnées pleines d’aventures. Du blabla, donc… Mais le terme « Adventouring » va sans doute aider Yamaha à vendre plus facilement le concept. On pourrait penser que cette nouvelle World Raid raconte une histoire qui ressemble à celle du modèle précédent, mais qui est tout de même narrée de manière légèrement différente ça et là.
Fidèle à ses racines
À première vue, la nouvelle World Raid reste fidèle à ses racines. Son look est clairement reconnaissable et se caractérise principalement par son énorme réservoir, bien visible de part et d’autre du cadre. Pourtant, le nouveau modèle semble un peu plus dynamique que le précédent. La version rouge et blanche que nous avons testée est particulièrement remarquable. Les couleurs vives, associées à de nombreux détails noirs, confèrent à la WR un look haut de gamme. La version noire, avec ses nombreux détails dorés, est un peu moins sportive, mais les deux versions sont vraiment très belles. Sur la version « Redline-White » (c’est-à-dire la version blanche et rouge), l’utilisation de différentes couleurs rend l’apparence un peu moins massive. À première vue, la WR semble être une machine totalement nouvelle, mais en réalité, elle n’est pas si différente.
De l’or liquide
Le réservoir, lui, est entièrement nouveau. Il offre toujours une capacité de 23 litres, mais est désormais fabriqué en aluminium plutôt qu’en plastique. Cela a permis un gain de poids de pas moins de 1,5 kg. Comme auparavant, le réservoir se compose de deux parties distinctes, reliées entre elles par un petit conduit. Ainsi, il y a toujours autant d’essence (et donc de poids) de chaque côté du réservoir. Les deux bouchons de remplissage (ADN rallye…) ont été conservés, ainsi qu’une pompe électrique placée à l’extérieur du réservoir qui propulse l’or liquide du fond du réservoir vers les injecteurs. La forme du réservoir lui-même a été aplatie dans sa partie supérieure pour une ergonomie légèrement améliorée.
Pas de passager ?
Le cadre est inchangé, tout comme le triangle formé par le guidon, la selle et les repose-pieds. C’est une bonne nouvelle, car la position de conduite (tant debout qu’assis) était déjà l’un des points forts de l’ancienne version. Et cela ne change pas, la selle reste confortable (même si elle devient monobloc) et cela est important sur une machine comme celle-ci. Avec une autonomie d’environ 500 km, la World Raid est en effet destinée aux longs trajets, que ce soit ou non en terrain accidenté. À l’arrière, la selle semble plutôt fine et inconfortable. Yamaha l’a-t-il fait exprès ? Probablement pas. Mais compte tenu de la puissance limitée de 73 ch, d’une grande surface frontale et d’un poids en ordre de marche (avec le réservoir plein) de 220 kg, les chiffres montrent clairement que la World Raid préfère partir à la conquête du monde sans passager.
Immédiatement confiance
La hauteur de selle de 890 mm est respectable, mais elle n’est certainement pas trop élevée dans la pratique. Cela tient aux toutes nouvelles suspensions qui s’affaissent juste assez à l’arrêt pour permettre de poser fermement les pieds au sol. La belle fourche KYB de 46 mm est entièrement réglable et offre un débattement de pas moins de 230 mm. À l’arrière, l’amortisseur également entièrement réglable possède un débattement de 220 mm. Dès les premiers kilomètres de cet essai, je constate que le châssis donne une impression de grande rigidité. Les suspensions sont calibrées pour le sport, ce qui assure une maniabilité précise et une grande stabilité. On a immédiatement confiance dans la machine. Le revêtement routier en très mauvais état n’impressionne guère la World Raid, notamment grâce au nouvel amortisseur de direction, et les Pirelli Scorpion Rally montés de série font honneur à leur réputation de pneus polyvalents. Les nouvelles suspensions sont bonnes, cela ne fait aucun doute.
Pas un tapis volant
Dès les premiers tronçons en tout-terrain, on constate immédiatement que Yamaha a fait un travail remarquable. La WR se manœuvre avec une grande facilité et les suspensions absorbent à merveille les reliefs parfois très accidentés de la Sicile. Le parcours se compose de tronçons de gravier rapides entrecoupés de passages techniques caillouteux. Que ce soit assis ou debout, c’est un plaisir de piloter la Yamaha qui surprend à chaque fois par la facilité avec laquelle elle absorbe tous les chocs. Ne vous attendez toutefois pas à un tapis volant. Pour cela, le réglage de base des suspensions est trop sportif. Si vous souhaitez plus de confort, il vous faudra jouer sur les réglages : une précharge plus souple et un amortissement en compression plus doux feront sans doute toute la différence.
Une réelle amélioration
La protection contre le vent est également très réussie. Les nouveaux déflecteurs transparents situés de part et d’autre du pare-brise, le réservoir large et le petit pare-brise relativement haut (mais non réglable) vous permettent d’être parfaitement à l’abri du vent, même à grande vitesse. Le nouveau tableau de bord TFT de 6,3 pouces est une véritable amélioration. Vous avez le choix entre trois affichages (Street, Explorer et Raid) pour être toujours parfaitement informé. Celui-ci offre désormais une connectivité complète et une navigation étape par étape via l’application gratuite Yamaha Myride.
À l’écoute des clients
J’ai parlé des nouveautés comme le réservoir, le tableau de bord et les suspensions. Et il y a un quatrième point que je voudrais aborder avec l’introduction d’un ensemble d’aides à la conduite électroniques permettant de régler les modes de conduite, le contrôle de traction, le contrôle de patinage, le régulateur de vitesse, le limiteur de vitesse et l’ABS. Était-ce nécessaire ? Non, peut-être pas. Mais les clients de la World Raid l’ont demandé. Chez Yamaha, on sait mieux que quiconque écouter les clients, c’est pourquoi on a opté pour un ensemble relativement simple de systèmes d’aide à la conduite. La deuxième raison est que le bloc CP2, unanimement salué, devait se conformer à la toute dernière norme Euro5+, ce qui rendait inévitable l’adoption d’un système ride-by-wire. Cela ouvre bien sûr grand la porte à des systèmes d’aide à la conduite abordables. Ajoutez à cela une centrale inertille à 6 axes et vous obtenez deux modes de conduite (Sport et Explorer), un contrôle de traction sensible à l’angle d’inclinaison (Street, Off-Road et Off), un système Slide Control (3 positions) et un ABS désactivable (On, Rear Off, Off).
Uniquement à l’arrêt
Toutes ces « fonctionnalités » se commandent à l’aide d’un joystick à quatre directions situé sur le commodo gauche et d’un bouton mode situé sur le commodo droit. En pratique, la commande laisse un peu à désirer. La structure du menu n’est pas vraiment intuitive. Mais ce qui m’agace surtout, c’est qu’une grande partie des réglages ne peut être modifiée qu’à l’arrêt. Ce n’est vraiment pas pratique et cela obligeait notre (excellent) guide à s’arrêter à chaque fois qu’il abordait une section tout-terrain pour que nous puissions tous ajuster nos réglages. Allons… Même la commande ABS séparée à l’avant du carénage ne peut être actionnée qu’à l’arrêt. Résultat : après deux de ces arrêts « obligatoires », je désactive tout et profite ainsi pleinement du caractère affirmé de ce bicylindre.
Conclusion
Lorsque nous arrivons à l’hôtel après avoir parcouru 250 km sur un terrain accidenté et des routes en grande partie en mauvais état, je remarque quelque chose : le large sourire qui illumine le visage de tous mes collègues. J’en vois même un qui semble féliciter la World Raid d’une sorte de tape amicale sur l’épaule. Et c’est à travers cette image que je réalise que la Yamaha est vraiment une machine hors du commun. Avec une combinaison très spécifique de puissance limitée et de dimensions imposantes, la World Raid ne rentre dans aucune catégorie existante. C’est sans doute pour cette raison que Yamaha a inventé le nouveau terme « Adventouring », que j’aimerais décrire, après ce premier essai, comme une aventure sans limites, sans trop de fioritures.
La nouvelle World Raid est une évolution bien pensée. L’ajout d’une électronique moderne, d’une ergonomie améliorée, de meilleures suspensions et d’un confort accru élève le concept à un niveau supérieur, sans pour autant perdre le caractère authentique qui fait le charme des Ténéré. De plus, son prix de 13 999 euros est tout à fait raisonnable. Aurions-nous préféré tester une Ténéré 900 World Raid avec un moteur trois cylindres développant environ 120 ch ? Peut-être bien. Mais celle-ci serait sans aucun doute plus lourde et plus chère. De plus, le segment des grosses cylindrées de type Adventure est déjà bien rempli et l’offre ne manque pas. Une petite Ténéré avec un monocylindre de 450 cm³ alors ? Bien sûr, qu’elle vienne. Mais reste à savoir si elle pourra égaler la polyvalence de la World Raid. Il paraît que dix nouveaux modèles Yamaha sont en préparation pour venir compléter le segment de l’Adventouring. Je suis bien sûr très curieux. Mais en attendant, je préfère la World Raid, si typiquement originale !
Données techniques Yamaha Ténéré 700 World Raid
| MOTEUR | |
| Type | bicylindre vertical à refroidissement liquide, DACT |
| Cylindrée | 689 cc |
| Alésage x course | 80 x 68.6 mm |
| Soupapes/cylindre | 4 |
| Taux de compression | 11,5:1 |
| Alimentation | injection électronique |
| Embrayage | multidisque en bain d’huile, assisté |
| Boîte de vitesses | 6 rapports |
| Transmission finale | chaîne |
| PRESTATIONS | |
| Puissance maximum | 73,4 ch (54 kW) @ 9.000 tr/min |
| Couple maximum | 68 Nm @ 6.500 tr/min |
| ÉLECTRONIQUE | |
| Moteur | ride-by-wire, contrôle de traction, 2 modes de conduite |
| Partie-cycle | régulateur de vitesse, ABS, slide control |
| PARTIE-CYCLE | |
| Cadre | double berceau en acier |
| Suspension avant | fourche inversée KYB de 46 mm |
| Options de réglage | entièrement réglable |
| Suspension arrière | mono-amortisseur |
| Options de réglage | entièrement réglable |
| Débattement av/ar | 230 mm / 220 mm |
| Frein avant | deux disques de 282 mm, étriers à 4 pistons |
| Frein arrière | un disque de 245 mm, étrier simple piston |
| Pneumatique av/ar | 90/90 21M/C 150/70 18 M/C Pirelli Scorpion Rally |
| DIMENSIONS & POIDS | |
| Empattement | 1595 mm |
| Angle de chasse | 27° |
| Chasse | 105 mm |
| Hauteur de selle | 890mm |
| Poids TPF | 220 kg |
| Réservoir | 23 litres |
| PRIX | |
| Â partir de | 13.999 € |
