Essai nouveauté Kawasaki Ninja ZX-10R 2026 : moins, c’est mieux !

Certaines évolutions se remarquent à dès kilomètres, d’autres ne se ressentent qu’une fois sorti des stands. La nouvelle Kawasaki Ninja ZX-10R 2026 appartient clairement à cette deuxième catégorie. Sur le papier, les changements semblent modestes : un habillage plus racé, une homologation Euro5+ et quelques réglages électroniques. Curieusement, cela s’accompagne même d’une légère perte de puissance. Mais après une journée complète d’essais sur le circuit d’Assen, il apparaît que Kawasaki a précisément ciblé les points faibles du modèle précédent. Il ne s’agit donc pas d’une superbike entièrement nouvelle, mais d’une moto qui s’avère manifestement plus facile et plus rapide à piloter. Comment est-ce possible avec moins de chevaux sur le papier ? C’est ce que nous allons découvrir pour vous.

Texte : Ron Huijs
Photos : Henny B. Stern

Un look plus agressif

En se contentant de consulter la fiche technique, on constate un simple restylage : un carénage plus agressif, des ailettes plus grandes, un nouveau phare et un tableau de bord plus imposant. Sous le carénage, cependant, un changement fondamental s’opère, et c’est précisément là que Kawasaki a fait son travail. Visuellement, la ZX-10R 2026 se reconnaît immédiatement à son avant redessiné. Kawasaki s’est attaqué de front à l’aérodynamisme avec des ailettes intégrées qui, non seulement confèrent une silhouette plus moderne, mais génèrent également, selon le constructeur, environ 25 % de force d’appui en plus pour à peine 0,3 % de résistance à l’air supplémentaire. À cela s’ajoutent un phare à LED hybride plus compact (projecteur pour les feux de croisement, réflecteur pour les feux de route) et une prise d’air dynamique repositionnée et plus efficace, désormais logée juste sous les feux.

Une position de conduite familière

Dès que l’on enfourche la moto, la position de conduite sportive semble immédiatement familière : typique d’une superbike. Compacte, avec des guidons bracelets placés bas et des repose-pieds surélevés, ce qui fait peser une bonne partie du poids sur la roue avant. Cela procure beaucoup de sensations en virage et inspire confiance dès que le rythme s’accélère. Malgré cette ergonomie résolument orientée circuit, la ZX-10R ne semble pas particulièrement fatigante : c’est justement grâce au retour d’information très présent du châssis que la moto se positionne sans effort là où vous le souhaitez.

Moins de chevaux, plus de possibilités

Sur le plan technique, le célèbre quatre cylindres de 998 cm³ est désormais conforme à la norme d’émissions Euro 5+ plus stricte, grâce à un capteur d’oxygène supplémentaire et à un catalyseur plus compact. Selon la fiche technique officielle européenne, le moteur développe 196 ch (144 kW) à 13 000 tr/min, pouvant atteindre 206 ch (151,2 kW) avec le système Ram Air, avec un couple maximal de 110,0 Nm à 11 400 tr/min. C’est quelques ch et une poignée de newtons-mètres de moins que le modèle précédent. Kawasaki affirme pourtant dans ses communiqués que la puissance reste identique à celle de sa prédécesseur ; sur le papier, cela n’est donc pas tout à fait exact. C’est toutefois sous le réservoir que se cache le changement le plus important : une gestion moteur entièrement revue, et cela, ça se ressent. (La moto que nous avons testé n’est d’ailleurs pas tout à fait de série – voir le paragraphe suivant).

Pas tout à fait de série

Une remarque qui mérite d’être soulignée : la ZX-10R que nous avons testée à Assen appartient à Circuitschool.nl et n’est utilisée que sur circuit. Pour ce type d’utilisation, quelques modifications ont été apportées, qui n’ont rien à voir avec la recherche de puissance supplémentaire, mais tout à voir avec la fiabilité en cas de sollicitations intenses et prolongées.

Ainsi, Druijff Racing a remplacé le catalyseur Euro5+ d’origine par un modèle LeoVince. La raison : lors d’une utilisation prolongée et ininterrompue sur circuit, le catalyseur de série chauffe tellement qu’il peut s’endommager de l’intérieur, voire fondre. Pour une moto qui ne roule jamais sur la voie publique, un catalyseur moins restrictif relève donc davantage du bon sens que de la recherche de puissance.

Pour que cette modification fonctionne, Druijff Racing a également reprogrammé l’ECU, ce qui a entraîné la suppression de la deuxième sonde lambda. Résultat : cette ZX-10R spécifique retrouve la puissance qu’elle avait avant la mise en conformité Euro5+, soit 203 ch à 13 200 tr/min et 115 Nm à 11 400 tr/min, au lieu des 196 ch et 110 Nm annoncés par Kawasaki pour la version de série 2026. Selon Druijff Racing, cette différence tient entièrement aux restrictions supplémentaires imposées au système d’échappement, et non au reste de la gestion moteur.

Cela n’a aucune incidence sur nos impressions concernant le châssis, l’ergonomie, l’électronique, la réactivité de l’accélérateur et la plage de régime intermédiaire plus puissante : celles-ci s’appliquent sans réserve à la moto de série que vous achetez chez le concessionnaire. Seule la puissance à haut régime était propre à cette moto d’essai modifiée, destinée exclusivement au circuit – et non à la machine telle qu’elle sort de concession.

Un poignet léger

Alors que la génération précédente réagissait parfois de manière un peu nerveuse ou brusque à l’ouverture des gaz, ce phénomène a complètement disparu sur la version 2026. Même dans la configuration la plus agressive – « Full Power », avec la réponse la plus directe à la poignée d’accélérateur –, l’accélération se dose à merveille. Nous avons roulé toute la journée d’essai exclusivement avec ce réglage. Cela en dit long : alors que sur de nombreuses superbikes, on cherche encore sur circuit un équilibre entre puissance et contrôle, ce réglage semble d’emblée parfait. La réponse de la poignée d’accélérateur est plus précise sans pour autant ôter quoi que ce soit au caractère explosif du quatre-cylindres, ce qui est particulièrement perceptible lorsque l’on sort de virages lents.

Une plage de régime intermédiaire plus puissante

Peut-être encore plus important que cette meilleure réactivité à l’accélération, c’est la plage de régime intermédiaire plus puissante. Le moteur offre nettement plus de puissance à partir d’environ 7 000 tours, ce qui évite d’avoir à rouler sans cesse à fond au rupteur pour obtenir des performances maximales. Sur plusieurs tronçons du circuit d’Assen, il s’est même avéré plus rapide et plus serein de rouler un rapport plus haut. Cela rend la ZX-10R non seulement plus facile à piloter, mais aussi moins fatigante lors de longues sessions : le quatre-cylindres conserve sa puissance maximale impressionnante, mais semble plus exploitable sur toute la plage de régime que son prédécesseur.

Nouveau tableau de bord

Le poste de pilotage a lui aussi fait l’objet d’une refonte en profondeur. Le nouveau tableau de bord TFT de 5 pouces affiche un design moderne et offre une grande clarté, avec deux configurations au choix pour le pilote : l’une avec un compte-tours analogique et les informations essentielles, ainsi qu’une navigation virage par virage ; l’autre avec un compte-tours segmenté et des données davantage axées sur la piste. De plus, la ZX-10R dispose des modes de conduite Rain, Road et Sport, ainsi que de plusieurs modes Rider entièrement personnalisables. La journée d’essai a débuté en mode Sport, associé à la puissance maximale et à la réponse d’accélération la plus directe.

Le S-KTRC en pratique

Un détail a tout de suite attiré l’attention. En mode Sport, le contrôle de traction S-KTRC intervient relativement tôt sur les deuxième et troisième rapports, et cette intervention donne une impression assez mécanique : il manque encore un peu du fluidité que certaines concurrentes offrent désormais. Après être passé à un mode Rider avec des paramètres réglables manuellement, l’électronique s’est avérée encore assez prudente, même avec le contrôle de traction réglé sur la position 2. Ce n’est qu’en position 1 que l’équilibre idéal a été trouvé pour ces conditions : il faut alors solliciter le moteur de manière vraiment intense avant que le système n’intervienne, et l’accélération reste beaucoup plus naturelle. Pour une utilisation sur circuit, c’est sans aucun doute le réglage le plus agréable.

Un pneu d’origine surprenant

Fait remarquable : toutes les sessions ont été effectuées avec les Bridgestone Battlax RS12 montés de série, des pneus routiers sportifs et non des pneus destinés uniquement à la pratique sur circuit. Les Bridgestone ont néanmoins affiché des performances impressionnantes. Dans ces conditions de chaleur, des angles d’inclinaison allant jusqu’à 58 degrés ont été atteints tant à gauche qu’à droite, exploitant ainsi pleinement l’adhérence maximale de ce pneu routier. Pour un pneu d’origine, le RS12 démontre qu’il est aujourd’hui tout à fait possible de réaliser de sérieuses séances sur circuit sans devoir passer immédiatement aux pneus slicks ou semi-slicks.

Le châssis inspire confiance

Le châssis fait lui aussi une excellente première impression. Les réglages de série offrent d’emblée un excellent retour d’information, ce qui permet de gagner rapidement en confiance. La moto se manœuvre avec légèreté, précision et réactivité, et se montre particulièrement neutre lors des changements d’angle rapides. Dans certains longs virages enchaînés – comme la combinaison Madijk, Ossebroeken, Duikersloot et Meeuwenmeer –, on a toutefois remarqué que la moto avait très légèrement tendance à partir vers l’extérieur du virage. Après quelques petits réglages des suspensions, ce comportement a pratiquement disparu, et la moto est restée ensuite parfaitement collée à la trajectoire choisie, même sur des angles d’inclinaison élevés. Cela souligne surtout que les réglages de base sont déjà très bons, mais qu’il est encore possible d’améliorer les performances sur circuit grâce à des réglages relativement simples.

L’ABS : un point à surveiller

Si le contrôle de traction se règle facilement, il n’en va pas de même pour l’ABS. Lors de freinages appuyés avant le virage Haarbocht et le GT, le système antiblocage KIBS destiné à une utilisation sur circuit s’est déclenché relativement tôt. Même lors d’un freinage en virage contrôlé, le système est intervenu plus rapidement que souhaité, ce qui pourrait inciter les pilotes expérimentés à préférer un réglage circuit moins intrusif. Ce réglage est excellent pour la conduite sur route, mais sur circuit, l’ABS reste un point à surveiller.

Conclusion

En se basant uniquement sur la liste des caractéristiques techniques, on pourrait conclure que la Kawasaki Ninja ZX-10R 2026 n’a bénéficié que d’une mise à jour modeste – et, sur le papier, elle affiche même une puissance légèrement inférieure à celle de sa prédécesseur. Après une journée entière passée sur le circuit d’Assen, le tableau qui se dessine est tout autre. Kawasaki a clairement tenu compte des critiques formulées à l’encontre du modèle précédent : la nouvelle aérodynamique avec ses ailettes, la prise d’air dynamique modifiée, les phares à LED redessinés et l’homologation Euro 5+ constituent de belles améliorations visibles, mais les véritables progrès se trouvent sous le réservoir.

La gestion moteur revue transforme la moto : la réactivité à l’accélération est exemplaire, même dans le réglage le plus agressif, tandis que la plage de régime intermédiaire plus puissante permet à la ZX-10R d’être moins dépendante des régimes extrêmement élevés. Elle se conduit ainsi nettement plus facilement et plus rapidement. Le châssis inspire beaucoup de confiance et se règle parfaitement pour une utilisation sur circuit avec un minimum d’ajustements ; les pneus Bridgestone RS12 de série offrent des performances étonnamment bonnes, et seuls l’ABS et le contrôle de traction mériteraient, selon nous, d’être réglés avec un peu plus de précision pour le circuit.

La ZX-10R n’est donc pas un nouveau modèle révolutionnaire, mais bien l’évolution dont elle avait besoin : elle conserve son caractère de superbike sans compromis, tout en étant plus accessible, plus prévisible et surtout plus facile à piloter à fond. Et c’est précisément ce qui fait de la Kawasaki Ninja ZX-10R 2026 une meilleure moto de circuit que sa prédécesseur – même si, sur le papier, sa puissance est légèrement inférieure.

Les plus et les moins

Les plus Les moins
Gestion moteur améliorée Puissance et couple inférieures à l’ancienne version
Plus de puissance à mi-régime Contrôle de traction
Pneumatiques Bridgestone RS12 ABS trop intrusif sur circuit

Données techniques Kawasaki ZX-10R 2026

MOTEUR
Type quatre-cylindres 4T en ligne à refroidissement liquide, DACT
Cylindrée 998 cc
Alésage x course 76,0 x 55,0 mm
Soupapes/cylindre 4
Taux de compression 13,0:1
Alimentation injection électronique, double injecteur (4 x 47 mm)
Embrayage multidisque en bain d’huile
Boîte de vitesses 6 rapports
Transmission finale chaîne
PRESTATIONS
Puissance maximum 196 ch (144 kW) @ 13.000 tr/min; avec Ram Air 206 ch (151,2 kW)
Couple maximum 110,0 Nm @ 11.400 tr/min
ÉLECTRONIQUE
Moteur Ride-by-Wire), contrôle de traction S-KTRC, launch control KLCM, contrôle de frein moteur KEBC, quickshifter KQS, régulateur de vitesse, modes de conduite (Rain/Road/Sport + Rider personnalisable)
Partie-cycle ABS en virage KIBS, centrale inertielle KCMF, suspensions électroniques Ohlins
PARTIE-CYCLE
Cadre double longeron  (aluminium coulé)
Suspension avant fourche inversée Showa BFF de 43 mm
Options de réglage entièrement réglable
Suspension arrière amortisseur Showa BFRC horizontale Back-link
Options de réglage entièrement réglable
Débattement av/ar 120 mm / 107 mm
Frein avant  deux disques de 330 mm, étries Brembo M50 monobloc radiaux à 4 pistons
Frein arrière un disque de 220 mm, étrier simple piston
Pneumatiques av/ar 120/70 ZR17 / 190/55 ZR17 (Bridgestone Battlax RS12)
DIMENSIONS & POIDS
Empattement 1.450 mm
Angle de châsse 25,0°
Châsse 105 mm
Hauteur de selle 825 mm
Poids TPF 209 kg
Réservoir Tarif 17 litres

Tarif                            à partir de 19.199 €

Équipement de Ron

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