Essai nouveauté Ducati Desmo450 EDS : de la Motor Valley au méga bourbier

Après la Desmo450 MX, Ducati franchit une nouvelle étape dans son aventure tout-terrain. Pour la présentation internationale à la presse de la nouvelle Desmo450 EDS, nous retournons à Faenza, où un orage nocturne offre les conditions idéales pour mettre à l’épreuve la première moto d’enduro de Ducati.

Texte : Nicky Kenis

 

Ducati Desmo450 EDS, de l’enduro à l’état pur

« Une moto d’enduro ? C’est juste une moto de cross équipée de phares, non ? » C’est une remarque que l’on entend encore souvent. Pourtant, rien n’est moins vrai. Alors qu’une moto de cross est conçue pour offrir une puissance explosive, l’enduro repose sur le contrôle, la confiance et l’endurance. Non seulement de la moto, mais surtout du pilote. C’est précisément dans cette philosophie que Ducati a développé la nouvelle Desmo450 EDS.

Et pas n’importe où, la Desmo450 EDS a vu le jour dans la Motor Valley, le cœur italien du sport moto où sont également implantées Ferrari, Lamborghini, Maserati, Pagani et Dallara. C’est d’ailleurs dans cette même région d’Émilie-Romagne que Ducati a célébré cette année son centenaire. La marque n’aurait guère pu choisir un moment plus symbolique pour ouvrir un tout nouveau chapitre de son histoire.

Pour la présentation à la presse internationale, nous avons rendez-vous à Faenza. Pas pour quelques tours de roue, ni de parcours d’essai balisé, mais pour une journée entière à travers les collines. Essais tout-terrain, spéciales d’enduro, singletracks étroits, montées techniques et descentes glissantes : exactement le type de terrain pour lequel cette moto a été conçue.

Méga bourbier

Et cela s’est vu dès le premier virage.

La veille au soir, un violent orage avait trempé la région. À première vue, le parcours tout-terrain semblait en parfait état, mais sous la couche supérieure « sèche » se cachait une argile traîtresse qui s’incrustait immédiatement dans les sculptures des pneus. Avant même la fin du premier tour, les pneus s’étaient transformés en pneus lisses recouverts de boue. Sur les passages en pente le long du flanc de la montagne, il a tout de suite fallu se concentrer un maximum.

Le genre de situation où une moto ne peut plus se cacher derrière des caractéristiques techniques impressionnantes.

Question fondamentale

Ceux qui s’attendaient à ce que Ducati se contente d’équiper la Desmo450 MX d’un jeu de rétroviseurs et de clignotants seront déçus. Lors de la présentation technique, il est rapidement apparu que les ingénieurs étaient allés bien plus loin. Pratiquement chaque composant déterminant pour le comportement routier a fait l’objet d’une attention particulière.

C’était d’ailleurs indispensable.

Une moto de cross vit d’efforts courts et explosifs. Une moto d’enduro doit être performante pendant des heures sur des terrains très variés. Des chemins de gravier rapides et des spéciales boueuses aux ascensions techniques où un millimètre de gaz en trop est immédiatement sanctionné.

C’est pourquoi Ducati ne s’est pas d’abord demandé de combien de puissance supplémentaire la moto avait besoin, mais comment la rendre plus facile à piloter lorsque les conditions deviennent difficiles. La question fondamentale, pour ainsi dire. Ou bien plus encore.

Cette réflexion se reflète dans pratiquement chaque modification technique.

De petits ajustements, une grande différence

Sur papier, certaines modifications semblent mineures. Le diamètre du papillon de l’admission est passé de 44 à 42 millimètres et l’arbre à cames a également été modifié. Ce ne sont pas des chiffres spectaculaires, mais des choix délibérés visant à rendre le moteur plus facile à doser à bas et moyen régime.

Ce qui importe bien davantage, c’est la précision avec laquelle la puissance peut être dosée lorsque l’adhérence vient à manquer. Sur une montée glissante ou une racine mouillée, une réponse agressive de la poignée d’accélérateur ne sert pas à grand-chose. Dans ces conditions, on souhaite que la roue arrière puisse mordre dans le sol de manière contrôlée.

On ne ressentait pas cette différence sur une ligne droite, mais dès que le rythme ralentissait et que le terrain devenait plus difficile. Le vilebrequin a lui aussi fait l’objet d’une refonte en profondeur. Avec son volant moteur, la Desmo450 EDS dispose d’environ 30 % de masse rotative en plus que la version motocross. Le moteur développe ainsi sa puissance plus en douceur, ce qui réduit le risque de calage lors des passages techniques.

On pourrait considérer qu’il s’agit d’un simple détail technique. Mais sur le terrain, on remarque surtout que la moto se comporte de manière particulièrement prévisible lorsque les conditions se compliquent.

Rapports de boîte spécifiques

La boîte de vitesses n’a pas non plus été épargnée. Ducati a mis au point une toute nouvelle répartition des rapports, avec un premier rapport plus court pour les montées et passages techniques, tandis qu’un sixième rapport plus long vise à rendre la moto plus adaptée aux trajets de liaison sur la voie publique.

Au cours de notre journée d’essai, ces trajets de liaison n’ont pratiquement pas été abordés, ce qui ne nous a pas vraiment permis d’évaluer ce sixième rapport plus long. En revanche, la première vitesse plus courte s’est immédiatement fait sentir dans les sections techniques. Dans les passages parcourus à faible vitesse, la moto est restée très maniable sans qu’il soit nécessaire d’utiliser constamment l’embrayage.

Ce sont précisément ce genre d’ajustements qui passent presque inaperçus sur une fiche technique, mais qui prouvent toute leur utilité lors d’une journée entière de conduite tout-terrain.

Les suspensions ont également fait l’objet d’une refonte en profondeur. Ducati s’est certes inspirée des composants Showa de la Desmo450 MX, mais le réglage a été spécifiquement adapté aux exigences de l’enduro. Le choix s’est notamment porté sur une constante de ressort plus souple et un réglage interne adapté, avec notamment une quantité d’huile modifiée dans la cartouche. L’objectif n’était pas d’adoucir le comportement de la moto, mais d’apporter plus de sensations en début de course des suspensions. Ainsi, la roue avant suit mieux le sol et offre davantage d’adhérence lorsque les conditions deviennent difficiles. Dans le même temps, les suspensions conservent un soutien suffisant lorsque le rythme s’accélère ou que les chocs s’intensifient.

Cela s’est également fait sentir sur le parcours autour de Faenza. La Desmo450 EDS est restée remarquablement stable sur l’argile traîtreusement glissante laissée par la pluie nocturne.

Électronique discrète

L’électronique est désormais indissociable du monde du tout-terrain, mais Ducati opte ici aussi pour une approche qui lui est propre. Le pack électronique comprend le DTC (Ducati Traction Control), le Launch Control, le Quick Shift et la possibilité de régler le frein moteur via l’application X-Link de Ducati.

Mais le plus remarquable est de loin le DTC. Ce contrôle de traction ne fonctionne pas avec des capteurs de roue classiques, comme ceux que l’on retrouve sur de nombreuses motos de route. À la place, Ducati utilise une combinaison d’une IMU et d’un logiciel propriétaire qui analyse en permanence le comportement de la moto. Les ingénieurs ont délibérément gardé le fonctionnement exact secret, mais ont toutefois expliqué que le système contrôle la puissance du moteur en ajustant subtilement l’allumage.

En théorie, cela semble impressionnant, mais c’est lorsque l’adhérence vient à manquer que l’électronique fait ses preuves. Dans les passages boueux, le système est intervenu de manière remarquablement naturelle. Le pneu arrière a pu déraper légèrement sans que la puissance ne soit brusquement coupée. La moto a ainsi continué à avancer sans donner l’impression d’être instable. C’est un système dont on ne ressent pas constamment la présence, mais qui vous inspire confiance dans les conditions les plus extrêmes.

Moto homologuée pour la route ou pure machine de course

Ducati a fait un choix remarquable en commercialisant la Desmo450 EDS en tant que moto homologuée pour la route. Ducati rejoint ainsi la liste restreinte des motos d’enduro homologuées pour la route. La version que vous emmenez en sortant du showroom est équipée de rétroviseurs, de clignotants, d’un klaxon et de toutes les protections nécessaires autour de la transmission. Dans cette configuration, la puissance moteur s’élève à 21,5 ch (15,8 kW) à 7 500 tr/min, ce qui permet à la moto de répondre aux exigences d’homologation. De série, elle développe 42 ch.

Si vous souhaitez exploiter tout son potentiel et participer à des courses ou à toute forme de compétition, vous pouvez opter pour le kit racing officiel. Celui-ci comprend notamment le montage d’un coude d’échappement différent et une cartographie adaptée de l’ECU. Ce n’est qu’alors que la Desmo450 EDS se révèle pleinement et développe 56 ch lorsque vous installez la ligne d’échappement Akrapovic complète. Attention toutefois : dans ce cas, les agents de police auront une bonne raison de vous arrêter. Avec ce réglage, la moto n’est en effet plus homologuée pour la route.

Une solution astucieuse, car elle permet à Ducati de répondre à la fois aux besoins des pilotes d’enduro amateurs et des professionnels sans avoir à développer deux modèles complètement différents.

En matière d’entretien également, Ducati opte pour une approche moderne. Les intervalles d’entretien sont de 2 500 kilomètres pour l’huile et le filtre, de 5 000 kilomètres pour le contrôle du jeu des soupapes et de 11 500 kilomètres pour une révision complète. Converti en heures, cela correspondrait à environ 15 heures pour l’huile et le filtre. Pour le réglage des soupapes, cela correspond à environ 90 à 120 heures, et pour la révision complète ou le « full service », cela représente entre 180 et 240 heures.

Ceux qui optent pour le module Wi-Fi en option – qui représente un surcoût d’un peu moins de deux cents euros – peuvent non seulement suivre les intervalles d’entretien via l’application X-Link, mais aussi configurer leurs propres modes de conduite. En fonction de l’utilisation effective de la moto, le système suit la fréquence à laquelle un entretien s’impose. Un bel exemple de la façon dont la technologie numérique s’impose peu à peu dans le monde de l’enduro.

Conclusion

Après une journée entière passée dans les collines autour de Faenza, la fatigue a peu à peu commencé à se faire sentir. Non pas à cause de la Ducati, mais parce que l’une des montées les plus raides de la journée a fini par avoir raison de nous. À cause de l’argile collante, qui a complètement encrassé les pneus Metzeler 6 Days-Extreme, la moto a perdu toute adhérence à mi-pente. Même à l’arrêt, nous glissions lentement vers le bas, ce qui ne nous a laissé d’autre choix que de poser un instant la Desmo450 EDS au sol.

Après une courte pause pour reprendre son souffle et en mobilisant ses dernières réserves d’énergie, la montée a finalement été maîtrisée. Le parcours s’est poursuivi avec des liaisons rapides, des ascensions techniques, des singletracks étroits et quelques passages frôlant l’enduro extrême. C’est précisément dans ce genre de conditions qu’une moto révèle sa véritable personnalité.

Ce qui a surtout marqué, c’est la cohérence de l’ensemble.

Le papillon des gaz plus petit, l’arbre à cames modifié, le vilebrequin plus lourd, le réglage Showa spécifique et la boîte de vitesses adaptée ne sont pas des modifications techniques isolées. Elles fonctionnent ensemble et confèrent à la moto un caractère qui lui est propre.

La Desmo450 EDS ne donne pas l’impression d’être une moto de cross homologuée pour la route. Elle donne plutôt l’impression d’avoir été développée dès le départ en prenant l’enduro comme point de départ.

C’est peut-être là la conclusion la plus importante de cette première prise de contact.

Avec la Desmo450 EDS, Ducati ne fait pas ses premiers pas avec prudence dans le monde de l’enduro. La marque a développé une moto qui va clairement au-delà de la simple adaptation d’une moto de cross existante. Presque chaque composant important a été repensé avec un seul objectif en tête : construire une machine qui réponde aux exigences spécifiques de l’enduro.

Après une journée complète d’essais dans les conditions changeantes des environs de Faenza, la Desmo450 EDS donne l’impression d’être une moto aboutie. Non pas parce qu’elle excelle dans un domaine particulier, mais parce que l’ensemble est parfaitement équilibré

Une première prise de contact n’est bien sûr ni un essai d’endurance, ni un test comparatif avec les références du segment. Cela demanderait davantage de temps. Mais une chose est déjà claire après cette présentation : Ducati a bien fait ses devoirs et, avec la Desmo 450 EDS, ne se contente pas de livrer sa première moto d’enduro, mais propose d’emblée une machine que les acteurs établis du marché peuvent prendre au sérieux.

En Belgique, elle est affichée à 12 690 €. Cette Ducati n’est en tout cas pas la moins chère.

Photos : Ducati

Fiche technique Ducati Desmo450 EDS

MOTEUR
Type monocylindre à refroidissement liquide, distribution desmodromique
Cylindrée 449,6 cc
Alésage x course 96 x 62,1 mm
Soupapes/cylindre 4
Taux de compression 12.9 :1
Alimentation injection électronique
Boîte de vitesses à 6 rapports
Embrayage multidisque en bain d’huile
Transmission finale chaîne
PRESTATIONS
Puissance maximum 21,5 ch (15,8 kW) @ 7.500 tr/min
Couple maximum 27,8 Nm @ 3.500 tr/min
ÉLECTRONIQUE
Moteur Ride by Wire, modes de conduite, sélecteur de cartographie
Partie-cycle Contrôle de traction, quickshifter up, contrôle de frein moteur, Power Launch
PARTIE-CYCLE
Cadre en aluminium, pièces moulées
Suspension avant fourche inversée Showa de 49 mm
Options de réglage entièrement réglable
Suspension arrière mono-amortisseur Showa
Options de réglage entièrement réglable
Débattement av/ar 310 mm / 301 mm
Frein avant un disque Galfer de 260mm, étrier flottant Brembo 2 pistons
Frein arrière un disque Galfer de 240mm, étrier flottant Brembo simple piston
Pneumatique av/ar 90/90 – 21 M/C, 140/80 – 18 M/C (Metzeler 6 Days Extreme)
DIMENSIONS & POIDS
Empattement 1.494 mm
Angle de chasse 27,3 °
Chasse 118 mm
Hauteur de selle 970 mm
Réservoir 8,5 litres
Poids 117 kg (sans carburant)
PRIX
à partir de  12.690 €

 

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