Essai nouveauté BMW R 12 S Daytona : À la croisée des époques
Lorsque BMW nous a dévoilé la R 12 S Daytona à la fin de l’année 2024, je ne pensais pas avoir l’occasion d’en prendre le guidon rapidement. Je m’attendais en effet à une série plutôt limitée de la R 12 nineT, réservée à quelques privilégiés fidèles à la marque. Finalement, il n’en est rien, car BMW a intégré le modèle à sa gamme régulière, sans indication de production restreinte, du moins pour l’instant. N’ayant jamais roulé sur une moto de la famille R 12, c’est avec un plaisir non dissimulé que j’en ai pris possession le temps d’une semaine. L’occasion parfaite de découvrir ce qu’elle a dans le ventre, entre héritage sportif et modernité assumée.
Texte : Loïc Mouton
Pourquoi « Daytona » ?
La R 12 S rend hommage à une icône de l’histoire de BMW : la légendaire R 90 S. En mars 1976, cette dernière marque les esprits en remportant la toute première manche du tout nouveau championnat AMA Superbike, sur le circuit mythique de Daytona. Steve McLaughlin s’impose ce jour-là dans un finish historique, à quelques centimètres seulement du second. Une victoire symbolique à plus d’un titre : c’est la première de BMW en Superbike sur le sol américain, mais aussi le tout premier chapitre d’un championnat qui deviendra une référence mondiale.
Ce succès participe à transformer l’image de BMW Motorrad : jusque-là perçue comme une marque sérieuse, mais à l’esprit « pépère », la firme bavaroise prouve qu’elle peut aussi briller sur le terrain de la performance pure face à une concurrence japonaise pourtant redoutable.
Une R 12 nineT lava orange
Voilà qui pourrait suffire au journaliste en manque d’inspiration pour décrire la Daytona. Mais ce serait passer à côté de ce que l’engin dégage réellement.
Car si la R 12 S est, dans les faits, une R 12 nineT avec une teinte spécifique, on ne parle pas non plus d’un modèle de base. Elle arrive avec une dotation de série particulièrement généreuse : le pack Option 719 complet (jantes, bulle, éléments usinés), ainsi que le shifter Pro, le phare Pro, les poignées chauffantes, le Hill Start Control et le régulateur de vitesse.
Peu d’options sont donc disponibles tant le package est complet. On notera : le système d’alarme, la surveillance de la pression des pneus, et le remplacement éventuel du combiné d’instruments analogique par un discret écran digital.
Quant au tarif, c’est plutôt une bonne surprise : à équipement équivalent, la R 12 S Daytona ne coûte pas un centime de plus que la R 12 nineT. En jouant avec le configurateur de BMW Motorrad, on découvre même que la Daytona s’affiche… 20 euros moins chère. Un détail, certes, qui explique cependant bien le positionnement de cette version du modèle.
Elle est magnifique
Il est difficile d’utiliser un autre mot lorsqu’on fait le tour du propriétaire.
Tout ici respire l’harmonie. De l’arrière parfaitement dessiné, intégrant élégamment le support de plaque, à l’élégante tête de fourche coiffée d’une petite bulle, en passant par l’optique avant, dont la signature lumineuse rétro-moderne ne manquera pas d’attirer les regards, y compris dans un rétroviseur.
La double sortie d’échappement chromée, les sublimes jantes à rayons, les pièces en aluminium usiné du pack 719… tout participe à un sentiment de qualité.
Le flat-twin, pièce maîtresse de l’ensemble, est lui aussi très bien mis en valeur : ailettes de refroidissement apparentes, couvre-culasses en alu, et un collecteur dont les nuances métalliques passent subtilement du bleu au mauve. Une mécanique splendide, exposée à l’air libre.
Un moteur
Parlons-en justement, car après quelques minutes passées au guidon de la 12 S, vous n’aurez plus que lui en tête : ce flat-twin de 1 170 cm³, développant 109 ch et 115 Nm, dont le plein potentiel se révèle entre 6 000 et 8 000 tours/minute.
Il est rare de constater qu’un moteur transpire autant dans tout ce que la moto vous fait ressentir. Le sourire est présent dès la pression sur le démarreur, la moto basculant légèrement de gauche à droite lors du démarrage du flat-twin.
La sonorité caractéristique du moteur est très satisfaisante, surtout durant la période de chauffe, et il nous gratifie tout au long du trajet de son ronronnement légèrement feutré mais joyeux.
Son architecture s’exprime aussi pendant les changements de rapport, le couple de renversement transmettant son énergie à travers toute la moto.
Sur la route
Si les valeurs de puissance ne semblent pas impressionnantes sur le papier, l’ensemble reste très dynamique et sportif, bien aidé par le couple du bicylindre et un poids tout à fait moyen pour une moto de ce genre (220 Kg).
La position de conduite est confortable, plutôt droite et naturelle, contrairement à ce que l’aspect de la moto pourrait laisser croire. Il est tout à fait possible de partir en balade plusieurs heures sans ressentir trop d’inconfort.
Ne vous inquiétez pas, le manque de protection et le comportement de la moto apportent tout de même ce qu’il faut de sportivité.
Car son plus gros point fort, ce qui m’a vraiment marqué à son guidon, c’est son agilité exemplaire. Ce type de moteur lui offre en effet un centre de gravité extrêmement bas. Entre cela et son châssis, elle met en confiance, et même les plus frileux n’auront aucun souci à la mettre sur l’angle et à ressentir énormément de plaisir lors des passages en courbe. Le freinage est quant à lui impérial, et les deux énormes disques de 310 mm placés à l’avant ne semblent pas montrer le moindre signe de faiblesse, même dans les arsouilles un peu dynamiques.
Le parfait compromis
Après quelques jours passés au guidon de cette R 12 S, une évidence s’impose : BMW a trouvé une recette magnifique pour sa gamme Heritage R 12.
D’un côté, trois modes de conduite bien pensés (Rain, Road, Dynamic), des poignées chauffantes et un régulateur de vitesse, autant d’éléments de confort modernes. De l’autre, une esthétique classique assumée, avec des compteurs analogiques et une absence (volontaire ?) de jauge à essence.
Un mélange parfaitement dosé, qui respecte l’esprit old school tout en offrant ce qu’il faut de technologie pour rouler avec plaisir et sérénité au quotidien.
S’il fallait vraiment émettre une critique, ce serait la présence de la molette de navigation située sur la poignée gauche du guidon. Un élément bien connu des modèles BMW, ici conservé… mais inactif. Probablement un choix dicté par l’uniformisation des composants, mais qui laisse une légère impression d’inachevé.
Conclusion
En bref, si certains diront que l’hommage était facile, après quelques jours et près de 1 000 kilomètres passés en sa compagnie, je peux vous assurer qu’il est pourtant très réussi. Moi qui ai toujours trouvé les motos à moteur boxer de la marque un peu trop sages à mon goût, je suis tombé sous le charme de ce qui me semble être l’une des plus belles réussites de BMW Motorrad dans la mise en lumière de son moteur emblématique.
La R 12 S Daytona, tout comme sa sœur la R 12 nineT, m’apparaît comme une déclaration d’amour à la mécanique, une ode à l’héritage du flat-twin, ce cœur battant qui incarne l’âme de BMW Motorrad et fait vibrer de nombreux passionnés depuis des décennies.
Merci pour ce détour hors du temps, entre nostalgie et innovation.
Les plus et les moins
| Les plus | Les moins |
| Finition exemplaire | Molette de réglage non fonctionnelle |
| Moteur plein de charme | Prix premium (mais tout à fait normal dans la gamme R12) |
| Comportement très joueur mais rassurant | |
| Parfait compromis entre modernité et esprit classique |
Données techniques : BMW R 12 S
| MOTEUR | |
| Type | Bicylindre boxer à refroidissement mixte air/huile, DACT |
| Cylindrée | 1 170 cc |
| Alésage x course | 101 x 73 mm |
| Soupapes/cylindre | 4 |
| Taux de compression | 12,0 :1 |
| Alimentation | Injection électronique indirecte |
| Boîte de vitesses | 6 rapports |
| Embrayage | Monodisque à sec |
| Transmission finale | Cardan |
| PRESTATIONS | |
| Puissance maximum | 109 ch (80 kW) @ 7.000 trs/min |
| Couple maximum | 115 Nm @ 6.500 trs/min |
| ÉLECTRONIQUE | |
| Moteur | Modes de conduite, régulation de couple, régulateur de vitesse |
| Partie-cycle | Contrôle de traction, Hill Start Control, quickshifter, ABS |
| PARTIE-CYCLE | |
| Cadre | Treillis tubulaire en acier |
| Suspension avant | Fourche inversée de 45 mm |
| Options de réglage | Entièrement réglable |
| Suspension arrière | Paralever et mono-amortisseur |
| Options de réglage | Précharge et détente |
| Débattement av/ar | 120 mm / 120 mm |
| Frein avant | Deux disques flottants de 310 mm, étriers radiaux à 4 pistons |
| Frein arrière | Un disque de 265 mm, étrier flottant à 2 pistons |
| Pneumatique av/ar | 120/70 ZR 17, 180/55 ZR 17 |
| DIMENSIONS & POIDS | |
| Empattement | 1.511 mm |
| Angle de chasse | 27,7° |
| Chasse | 110,7 mm |
| Hauteur de selle | 795 mm |
| Réservoir | 16 litres |
| Poids TPF | 220 kg |
| PRIX | |
| à partir de | 23.292 euros |
