Essai Harley Davidson Heritage Classic : authenticité conservée
Descendante en droite ligne de l’Hydra Glide de 1949, l’Heritage Softail Classic n’a cessé d’évoluer depuis son apparition en 1988. Aujourd’hui, la « gardienne du temple » revendique certaines touches de modernité. Mais pour y arriver, s’est-elle fourvoyée ?
La question est délicate, en effet. Car s’il y a bien un fabricant qui garde et entretient une importante dose de tradition, c’est le constructeur de Milwaukee. Qui plus est avec l’un des modèles les plus emblématiques de la marque, l’Heritage Classic. Mais il est difficile et quasi impossible de résister au progrès. Surtout lorsque cela concerne la sécurité. Harley Davidson en est conscient et depuis quelques temps, il s’attelle à la tâche en proposant, soit de nouveaux modèles plus modernes comme la Pan America et la Nightster, ou en métamorphosant à tours de bras sa gamme existante. Après s’être attaqué à la famille ‘Grand American Touring’ l’année dernière, c’est au tour des ‘Cruiser ‘de recevoir cette année de nouvelles technologies. Et notre Heritage Classic en fait bien entendu partie.
Peu de changements visuels
Nous avons profité d’un petit séjour dans la magnifique région française du Morvan pour amener avec nous l’Heritage Classic 2025. Le confort qu’elle inspire et la bagagerie de 45 litres qu’elle propose étaient des atouts non négligeables qui ont plaidé en sa faveur. À la base, il est quasi impossible visuellement de distinguer la nouvelle version de sa devancière et c’est tant mieux. Hormis la nouvelle combinaison de coloris Whiskey Fire/Vivid Black – dont nous disposions – l’œil plus averti aura néanmoins remarqué un changement au niveau de l’échappement. En effet, la nouvelle Heritage Classic adopte un système d’échappement deux en un alors que la précédente version disposait de deux échappements bien distincts.
117 Classic
Au-dessus du nouveau collecteur, on peut également remarquer un autre changement concernant le boitier de filtre à air. Celui-ci reprend la forme ronde d’antan – il était de forme ovale dernièrement – et on peut y lire l’inscription « cubic 117 inches ». Car oui, le nouveau Softail custom rétro reprend le plus gros des moteurs Milwaukee Eight de la marque. Pour rappel, le 117 ci qui se généralise de plus en plus dans la gamme possède une cylindrée de 1.923 cm3. Les motoristes ont décliné plusieurs variantes du gros V-twin américain dont le 117 Classic qui privilégie la facilité de conduite avec une distillation très linéaire du couple. Avec 91 ch, il est d’ailleurs légèrement moins puissant que le V-twin 114 de 94 ch qui équipait la précédente version. Par contre ses valeurs de couple restent stables avec 156 Nm contre 155 Nm précédemment mais 500 tr/min plus bas (de 3.250 à 2.750 tr/min).
De subtiles modifications
Pour le reste, l’Heritage Classic 2025 reprend intégralement l’aspect visuel qui a fait le succès du modèle. Grand pare-brise en partie teinté de noir sur le bas, phares additionnels maintenant à LEDs, grosse selle cloutée et valises du même style. Sans oublier les marchepieds, les volumineux garde-boues et les gros pneumatiques de 16 pouces. Bref, tout ce qui rappel de près ou de loin l’Hydra Glide de l’époque. Notons néanmoins que dorénavant, la Classic est livrée d’origine avec des jantes à bâtons. Mais les jantes à rayons sont toujours disponibles en option et sans supplément de prix. Quelques petits changements visuels sont encore à signaler avec de nouveaux commodos, nous allons voir pourquoi, et un levier de frein avant maintenant réglable en écartement. Plus discrète, une prise USB-C prend place à gauche derrière la colonne de direction.
Petite révolution
Mais la grosse révolution sur cette Heritage Classic se trouve cachée dans les méandres du câblage électrique avec une multitude de boîtiers électroniques. Cédant, à juste titre, au progrès technologique, cette version 2025 dispose d’une série d’aides à la conduite que l’on trouve depuis longtemps dans d’autres marques. Citons les trois modes de conduite (Rain, Road, Sport), l’ABS et le contrôle de la traction tous deux sensibles à l’inclinaison et le contrôle de couple résiduel. À cela s’ajoute le contrôle de la pression des pneus (TPMS) et le régulateur de vitesse qui était déjà présent sur l’ancienne version. La fiche technique nous renseigne également que la version 2025 perd 4 kilos sur la balance, 326 contre 330 kilos précédemment.
Le Morvan
Tout cela justifie, en partie, la hausse de tarif qui s’établit dorénavant à partir de 28.845 € (contre 27.295 € pour le modèle 2024). À cela, il faut ajouter sur notre moto d’essai, 1.350 € pour la peinture spéciale Whiskey Fire/Vivid Black. Ça commence à piquer un peu mais que voulez-vous ! En contrepartie, l’Heritage Classic est un vrai plaisir à conduire. J’ai pu le constater sur les 1400 kilomètres que j’ai parcouru à son guidon durant mon voyage dans le Morvan. Cette splendide région de Bourgogne encore assez sauvage est composée d’une multitude de petites routes serpentant à travers bois et champs avec un relief souvent prononcé. On y trouve des lacs, quelques petits cols et de magnifiques villages blottis au milieu des collines. Parfois, on se croirait presque dans le bocage normand avec ses routes typiques bordées de haies.
Un seul mot d’ordre : plaisir
L’état des routes est variable mais ne correspond heureusement en rien à ce que nous trouvons en Belgique. Parfois vous serpentez sur des départementales composées de grandes courbes au revêtement parfait. D’autres fois, vous évoluez sur de petites routes légèrement bosselées avec des virages serrés, ou encore sur des chemins forestiers. Il y a aussi quelques tronçons où le revêtement vient d’être refait et où de petits gravillons subsistent encore en surface. En général cela est bien signalé. Mais la HD a toujours tiré son épingle du jeu. Le réajustement porté sur les suspensions de cette version 2025 porte manifestement ses fruits. À aucun moment l’Heritage n’a été prise en défaut. En tenant compte de l’angle d’inclinaison maximum G/D de 27,4°, il y a assez de marge pour ne pas frotter constamment les marchepieds. De toute façon ce n’est pas le but et quand bien même, comme ceux-ci sont montés sur charnière, cela n’a aucune incidence sur la sécurité.
Comme à la maison
La vie à bord de la Classic est vraiment relax. Bien posé confortablement sur la selle assez large et moelleuse, les marchepieds et le grand guidon vous invite à adopter une position de conduite typique d’un cruiser. Le pare-brise remplit parfaitement son office. Par contre, il provoque quelques remous au niveau du casque. Devant vous l’instrumentation placée sur le réservoir est toujours composée d’un grand compteur analogique de 5 pouces et d’une fenêtre LCD reprenant diverses informations avec maintenant en plus, le témoin du mode de conduite activé. Pour sélectionner celui-ci, de nouveaux commodos font leur apparition tout en conservant une commande séparée à gauche et à droite pour les clignotants.
Du pur bonheur
Sur cette Heritage Classic, le Milwaukee Eight est donc réglé aux petits oignons pour vous apporter constamment du couple. Et c’est bien entendu sur le mode de conduite Sport qu’il est le plus généreux. Durant cet essai, j’ai rencontré aussi bien des journées pluvieuses que très ensoleillées. Et le passage d’un mode de conduite à l’autre se faisait instantanément sans aucun temps de réponse en appuyant simplement sur le bouton requis et en relâchant la poignée de gaz. Rouler avec un aussi gros moteur demande un petit temps d’adaptation. Mais une fois que le mode d’emploi est trouvé, c’est du pur bonheur. Pas besoin de jongler avec la boîte de vitesses au demeurant très lente. On se calle en général sur le 4ième ou 5ième rapport, et le big twin fait le reste. Sa plage idéale de fonctionnement se situe entre 1400 et 2400 tr/min. En dessous comme au-dessus, ça cogne un peu.
De la réserve
En ville, cette imposante machine reste facile à diriger dans le trafic, qui l’eût cru ! La grosse pédale de commande du frein arrière permet de bien doser celui-ci lorsqu’il est sollicité durant les manœuvres à basse vitesse pour stabiliser les plus de 300 kilos de la belle américaine. Le frein avant possède une commande progressive qui inspirera toujours confiance même avec un seul disque. Et ce Cruiser naviguera tranquillement sur le 6ème rapport à 90 km/h au pas cadencé de ses deux gros pistons faisant tourner le vilebrequin à un peu plus de 2.000 tr/min, du pur bonheur. Un petit dépassement est nécessaire ? Pas de problème, une légère rotation de la poignée d’accélérateur et le moulbif vous tractera avec une facilité déconcertante. Quelques tronçons d’autoroute permettront également de constater que le V-twin en a sous le coco. Sachant que la valeur maximale de couple se situe à 2.750 tr/min et qu’à 120 km/h, le moulin tourne à 2.700 tr/min, vous aurez compris que le couple est toujours bien présent. Au-delà, il reste assez de puissance (valeur maximale située à 5.020 tr/min) au cas où.
Derniers retranchements
Je vous avoue que par curiosité, j’ai tenté les hauts régimes, histoire de voir. Et bien finalement, le Milwaukee Eight Classic accepte – non sans émettre de grosses vibrations – de prendre 4.000 tr/min pour vous catapulter, si vous roulez en Allemagne, à pratiquement 180 km/h. Ce n’est pas la tasse de coca de l’Heritage Classic, mais elle peut le faire. Pour terminer ce compte-rendu de mon voyage dans le Morvan, j’ai mesuré une consommation moyenne se situant entre 4,6 L et 5,0 L aux cent kilomètres suivant les pleins du réservoir de presque 19 litres sur les 1.434 kilomètres parcourus. Une autonomie de 300 kilomètres est donc tout à fait réaliste.
Conclusion
Malgré le passage à de nouvelles technologies, l’Heritage Classic conserve toujours l’âme de ses devancières. Certains puristes pourraient lui reprocher de s’être vendue au diable mais je ne partage pas cet avis. Il faut vivre avec son temps et profiter autant que possible, d’une meilleure sécurité. La nouvelle Harley Davidson Heritage Classic allie l’ancien et le moderne et ce n’est pas près de s’arrêter.
Les plus et les moins
| Les plus | Les moins |
| Conserve l’esthétique de ses devancières | Temporisation du fonctionnement des clignoteurs |
| Moteur généreux | Confort du passager inexistant |
| Équipements électroniques | Budget |
Fiche technique Harley Davidson Heritage Classic
| MOTEUR | |
| Type | V-twin Milwaukee-Eight 117 Classic, refroidissement par air |
| Cylindrée | 1.923 cc |
| Alésage x course | 103,5 x 114,3 mm |
| Soupapes/cylindre | 4 |
| Taux de compression | 10,3 :1 |
| Alimentation | Injection électronique (ESPFI) |
| Embrayage | Multidisque en bain d’huile |
| Boîte de vitesse | À 6 rapports |
| Transmission finale | Par courroie |
| PRESTATIONS | |
| Puissance maximum | 91 ch (68 kW) @ 5.020 tr/min |
| Couple maximum | 156 Nm @ 2.750 tr/min |
| ÉLECTRONIQUE | |
| Moteur | Trois modes de conduite, régulateur de vitesse |
| Partie-cycle | ABS et contrôle de la traction sensible en virage, contrôle du couple résiduel, TPMS |
| PARTIE-CYCLE | |
| Cadre | Tubulaire double berceau en acier |
| Suspension avant | Fourche télescopique de 49 mm, valve à double effet |
| Options d’ajustement | / |
| Suspension arrière | Mono-amortisseur |
| Options d’ajustement | Précharge |
| Débattements av/ar | 130/112 mm |
| Frein avant | Un disque de 300 mm, étrier 4 pistons |
| Frein arrière | Un disque de 292 mm, étrier double piston flottant |
| Pneumatique av/ar | 130/90B16, 150/80B16 (Dunlop D401) |
| DIMENSIONS & POIDS | |
| Empattement | 1.630 mm |
| Angle de chasse | 30° |
| Chasse | 140 mm |
| Hauteur de selle | 690 mm |
| Réservoir | 18,9 litres |
| Poids TPF | 326 kg |
| PRIX | |
| À partir de | 28.845 € (coloris Whiskey Fire/Vivid Black + 1.350 €) |
