Essai : 3 400 kilomètres en Harley-Davidson Street Glide 2026
Certaines motos se testent sur un parcourt de 180 kilomètres, avec une pause café après 90 kilomètres et un photographe posté dans le plus beau virage. D’autres motos exigent une approche plus rigoureuse. La Harley-Davidson Street Glide appartient à cette deuxième catégorie. Évaluer une Grand American Tourer sur une seule après-midi, c’est comme juger une paire de chaussures de randonnée sur la couleur de ses lacets. Il faut prendre la route. Loin. Longtemps. À travers le froid, la pluie, la chaleur, l’ennui de l’autoroute, les cols de montagne et les mauvais choix en matière de gestion des bagages. C’est donc exactement ce que nous avons fait : un peu plus de 3 400 kilomètres en sept jours, de notre QG à Carcassonne, à travers les Pyrénées, via Andorre jusqu’à Gérone, puis retour à la maison d’une seule traite.
Texte : Jelle Verstaen
Street Glide
Notre fidèle monture pour cette quête est la Harley-Davidson Street Glide 2026, qui est en substance une version encore plus aboutie de la génération qui a fait un grand bond en avant en 2024. La recette est bien connue : une allure basse, des valises latérales rigides, le carénage Batwing emblématique et un gros bicylindre en V sous le réservoir. Le Milwaukee-Eight 117, l’énorme écran TFT de 12,3 pouces, les modes de conduite, les freins modernes et la suspension améliorée en font une moto de tourisme sérieuse.
Officiellement, Harley-Davidson annonce pour la Street Glide 2026 une puissance de 107 ch, un couple de 175 Nm, une hauteur de selle de 715 mm et une capacité de réservoir de 22,7 litres. En théorie, cela vous permet de parcourir plus de 400 kilomètres avec un seul plein, mais dans la pratique, il vaut mieux prévoir un ravitaillement vers les 350 à 380 kilomètres.
Mais plus que ces chiffres, ce qui compte, c’est le comportement de cette moto lorsqu’on l’utilise pour autre chose qu’une simple balade dominicale. Car sur le papier, la Street Glide est un paradoxe technique. Elle est lourde, longue et large, mais promet pourtant d’être plus dynamique qu’auparavant. Elle offre une expérience classique, mais regorge d’électronique moderne. Elle ressemble à un monument roulant – magnifique dans cette teinte « Aurora Blue Denim » (+ 850 euros) – mais devra rivaliser en 2026 avec des motos de tourisme européennes plus légères, plus rapides et parfois plus sophistiquées sur le plan technologique. Et peut-être aussi moins chers : le prix de départ de la Street Glide 2026 s’élève chez nous à 33 295 euros. Ce n’est pas à la portée de tout le monde, mais nous avons (heureusement) la chance de pouvoir l’essayer.
L’autoroute ne ment pas
La première étape est d’emblée la plus ingrate : de notre quartier général à Carcassonne, 1 036 kilomètres d’autoroute via Lille, Paris, Orléans, Vierzon, Limoges, Montauban et Toulouse. Départ à cinq heures du matin, six degrés, des nuages de buée dans l’air et cette sensation typique du petit matin où l’on se demande pourquoi son passe-temps n’est pas simplement la collection de timbres. Pour la Street Glide, c’est pourtant un terrain de prédilection. C’est exactement pour cela qu’une telle moto semble avoir été conçue : de longues distances, des vitesses de croisière stables, peu de surprises et beaucoup de confort.
C’est là qu’elle marque immédiatement des points. La position de conduite est idéale pour les longues journées. On est assis bas sur la moto, les pieds bien en avant et les bras détendus sur le large guidon. La selle mérite une mention particulière. Sa forme offre un bon soutien sans être ni trop dure ni trop molle, ce qui, sur une moto de ce type, est au moins aussi important que la puissance maximale ou le diamètre des freins. Une moto qui commence à vous épuiser physiquement au bout de trois heures n’est pas une moto de tourisme, mais un simple accessoire de décor.
Passionnant
La motorisation fait également ses preuves sur l’autoroute. Le Milwaukee-Eight 117 n’est pas un moteur qui vous incite à monter haut dans les tours. Ce n’est d’ailleurs pas nécessaire. Il est très réactif à bas et mi-régime. En sixième, la Street Glide offre une poussée si naturelle que rétrograder est généralement facultatif. Les dépassements ne s’effectuent pas par une accélération frénétique, mais par une vague mécanique profonde. On ouvre les gaz, le gros bicylindre s’ébroue et la masse se met en mouvement comme si quelqu’un poussait une lourde porte d’une seule main. Ce n’est pas explosif, mais particulièrement relaxant.
Par une telle journée, le régulateur de vitesse n’est pas un gadget, mais un élément indispensable. Il fonctionne simplement, maintient une vitesse constante et ménage votre main droite. Moins positif : les poignées chauffantes ne sont pas de série. Sur une moto qui, en termes de prix et de positionnement, se situe clairement dans le segment haut de gamme, c’est difficile à justifier. Surtout lorsque le thermomètre reste sous la barre des 10 degrés pendant des heures. Harley aime peut-être se prévaloir de sa tradition, mais les doigts gelés ne font pas partie de son héritage. En option, vous pouvez acheter des poignées chauffantes Kahuna, mais elles coûtent 500 euros la paire…
Un carénage imposant, des résultats mitigés
Le carénage Batwing est la caractéristique visuelle par excellence de la Street Glide et, d’un point de vue technique, l’un des éléments les plus importants de la moto. Il soulage considérablement la pression sur la poitrine et les épaules, rendant les longs trajets sur autoroute moins fatigants. Votre torse est nettement à l’abri du vent, ce qui contribue grandement au confort sur les longues distances. Malheureusement, il y a pas mal de turbulences au niveau du casque. Une trappe de ventilation centrale dans le carénage aide à influencer le flux d’air, mais pour ce trajet, impossible de trouver un réglage satisfaisant. C’est dommage, car le reste de l’expérience sur autoroute est particulièrement convaincant. Des pare-brise Wind Splitter plus hauts sont disponibles dans le catalogue, mais coûtent entre 263 et 316 euros (selon la hauteur).
À environ 250 kilomètres de Carcassonne, la pluie se met à tomber. Le carénage protège efficacement le haut du corps, mais les mains, la nuque et le casque restent des zones vulnérables. L’eau s’infiltre donc par les gants et le col. La Street Glide, quant à elle, ne bronche pas. La stabilité reste excellente, même par mauvais temps. Le long empattement, le centre de gravité bas et le poids imposant jouent ici en sa faveur. Là où les motos plus légères deviennent parfois nerveuses sous le vent et la pluie, la Harley continue stoïquement à rouler tout droit.
Pourtant, une telle journée met aussi en évidence les limites du poids. Aux stations-service, aux péages et sur les parkings mouillés, on sent chaque kilo. La Street Glide pèse 368 kilos en ordre de marche, et ce n’est pas une selle basse qui va changer la donne. L’équilibre est bon, mais cela reste une machine qui impose le respect quand on tourne au pas ou qu’on doit la pousser en marche arrière. Une petite erreur avec le pied sur une surface mouillée et on comprend tout de suite que la gravité n’a pas de fan club chez Harley.
Un écran TFT impressionnant
L’écran Skyline OS de 12,3 pouces constitue l’une des plus grandes modifications par rapport à l’ancien modèle. D’aspect moderne, il offre une excellente lisibilité et confère au tableau de bord une allure haut de gamme. La navigation, les informations de conduite, le système audio et les réglages sont tous regroupés dans un seul et même écran numérique. Visuellement, cela fonctionne à merveille. Le tableau de bord ne donne plus l’impression d’être un ensemble d’instruments classiques auquel on aurait ajouté quelques éléments électroniques, mais celle d’un véritable centre de commande numérique.
Les commandes demandent un peu de temps pour s’y habituer, mais leur organisation est logique. Là où ça coince, c’est au niveau de l’intégration avec Apple CarPlay. Celle-ci est disponible de série, mais le couplage obligatoire avec le casque pour permettre la projection sur le tableau de bord semble inutilement fastidieux. Concrètement, cela signifie que vous devez non seulement garder votre téléphone chargé, mais aussi votre casque. Avec un seul port USB dans le tiroir sous le tableau de bord, une forme de stress étrangement moderne s’installe durant cette longue journée.
Le compartiment de rangement en lui-même est toutefois pratique. Smartphone, portefeuille, tickets de péage et clé électronique disparaissent proprement sous le tableau de bord. Le système audio est suffisamment puissant pour être utilisable à basse vitesse, mais sur autoroute, avec les turbulences, un système intercom reste la meilleure solution.
Résistant aux intempéries
Les valises latérales rigides semblent spacieuses, mais la réalité est plus nuancée. Pour un voyage d’une semaine avec des vêtements, des chaussures de rechange, des gants supplémentaires, des vêtements de pluie, une trousse de premiers secours, un petit jeu de clés et un kit de réparation de pneus, il faut faire preuve d’une grande ingéniosité. La forme des valises est élégante, mais pas aussi efficace qu’une valise carrée en aluminium sur un trail. Par méfiance envers les joints d’étanchéité des valises, tous les bagages fragiles sont rangés dans des sacs étanches Mosko Moto. Rétrospectivement, il s’avère que les valises Harley ont très bien résisté aux intempéries, mais on ne le sait qu’une fois la tempête passée.
Les couvercles de coffre se ferment solidement et s’intègrent habilement dans les lignes du véhicule. C’est l’un des charmes d’un « bagger » : une grande capacité de chargement sans l’aspect d’un maxi trail surchargé. C’est suffisant pour les voyages en solo, mais il faut faire des choix. Si vous voyagez avec un passager ou du matériel de camping, mieux vaut vous tourner vers des solutions de rangement supplémentaires ou opter pour une version Limited dotée d’un top-case spacieux. Pour ce test, la capacité d’emport est tout juste suffisante, mais pas généreuse.
Enfin des virages
Après l’épreuve de l’autoroute, le parcours autour de Carcassonne offre enfin l’occasion à la Street Glide de montrer ses talents dynamiques. Environ 222 kilomètres en direction de Mazamet, avec du brouillard, de la pluie, la Passerelle de Mazamet, Hautpoul, le Pic de Nore et la sinueuse Piste forestière de l’Alzeau. Des conditions loin d’être idéales, mais parfaites pour un test. Une chaussée mouillée, une adhérence variable, des virages sans visibilité et des dénivelés en disent plus long sur une moto qu’une avenue sèche.
Première surprise : la Street Glide se conduit mieux que ne le laissent supposer ses dimensions. Elle n’est ni légère ni maniable, mais elle est cohérente. Le large guidon offre un bon effet de levier et la moto se laisse clairement mettre en ligne. Il ne faut pas la malmener. Si on la jette brusquement dans un virage, on se heurte à sa masse et à sa géométrie. En roulant en douceur, on découvre un rythme agréable. On engage la courbe, on incline la moto jusqu’à l’angle choisi, on ouvre légèrement les gaz et on laisse la moto sortir de la courbe.
Les suspensions jouent ici un rôle essentiel. L’avant offre un soutien suffisant au freinage et en virage, tandis que l’arrière filtre les irrégularités de la chaussée sans rebondir sans cesse. Sur les petites routes mouillées autour de Mazamet, la moto reste prévisible. Ce mot est crucial. Sur une grosse moto de tourisme, on ne veut pas de surprises. On veut savoir ce qui se passe quand on freine en virage, quand l’asphalte se dégrade ou quand un virage se resserre soudainement. La Harley ne communique pas comme un roadster, mais elle ne ment pas non plus.
Gros cœur
Au cœur de ce test se trouve le Milwaukee-Eight 117. Avec ses 1 923 cm³, ce moteur est d’une taille démesurée selon les normes européennes, mais il ne se montre jamais lourd dans sa réponse à l’accélération qui est bien dosée. Surtout à bas et moyen régimes, comme on le fait presque constamment sur ce type de routes. À partir d’environ 1 500 tours, le V-twin accélère en douceur, sans à-coups ni protestations. Cela permet de rouler en changeant très peu de rapport. Les deuxième et troisième suffisent pour de longs tronçons de routes secondaires. Parfois, on le laisse sur un rapport trop élevé, simplement parce qu’on le peut.
Le caractère prime sur les chiffres. On sent les pulsations, on entend la mécanique, on perçoit la chaleur, on ressent l’inertie. Cela peut paraître désuet, mais en voyage, c’est tout simplement addictif. Chaque accélération a sa propre texture. Chaque sortie de virage ressemble à une respiration. Le son de l’échappement est plein sans devenir irritant. C’est précisément là que réside la force de la Street Glide : elle subordonne la vitesse à l’expérience sans donner l’impression d’être lente.
Le revers de la médaille, c’est la chaleur. À faible vitesse ou en circulation urbaine, on ressent nettement la chaleur résiduelle du moteur. Dans l’air froid des Pyrénées, c’est presque agréable. Par temps chaud ou dans les embouteillages, cela peut devenir fatigant. La Street Glide 2026 utilise des culasses à refroidissement liquide et un radiateur central pour améliorer la gestion de la température et le confort, mais un gros V-twin reste un gros V-twin. La chaleur fait partie du lot.
Tout s’accorde à merveille
Le trajet de Carcassonne à Aigues-Vives s’étend sur 249 kilomètres et nous offre enfin du soleil. Le Parc naturel régional des Corbières-Fenouillèdes, le majestueux Massif des Corbières et les Gorges de Torgan, d’une beauté éblouissante, offrent le type de routes sur lesquelles la Street Glide est la plus convaincante. Des virages qui s’enchaînent en douceur, des vitesses comprises entre 50 et 90 km/h, très peu de circulation et de longues portions où l’on ne jette pratiquement pas un œil au GPS.
C’est là que tout se joue. On roule en s’appuyant sur le couple, on freine peu, on laisse le moteur tourner à bas régime et on sent comment cette masse devient un gage de stabilité plutôt qu’un fardeau. La garde au sol n’est pas illimitée, mais à une allure de croisière sportive normale, elle ne pose aucun problème.
Les freins inspirent confiance, même s’il faut relativiser ses attentes : les doubles disques à l’avant et l’électronique associée ont fort à faire avec cette masse, surtout en descente ou à pleine charge. Non, l’attaque initiale n’est pas agressive. Et cela correspond bien au caractère de la moto. La décélération est bien dosable et largement suffisante, mais il faut anticiper. Freiner tardivement, en plein virage, n’est pas son fort. Positionner tôt, freiner en douceur, garder son calme : c’est ainsi que la Street Glide vous récompensera le plus.
Étonnamment calme
D’Aigues-Vives à Andorre-la-Vieille, l’épreuve prend une nouvelle tournure. Le parcours de 232 kilomètres passe par Foix, le col de Péguère, le col de Portel, le col de la Crouzette, le col de Port, Saurat et Ax-les-Thermes en direction de la principauté d’Andore. Les routes deviennent plus étroites, plus raides et plus techniques. La question se pose alors : la Street Glide tiendra-t-elle le coup lorsque le paysage ne sera plus celui des vastes plaines américaines, mais celui des reliefs capricieux de l’Europe ?
La réponse courte : oui, mais il faut y mettre du sien. Dans les virages successifs en épingle à cheveux, on ressent clairement le poids de la moto. Les changements de direction demandent de la force, surtout à faible vitesse et dans les virages serrés. L’embrayage est facile à doser, mais à très faible vitesse, cela reste une grosse machine. Mieux vaut choisir sa trajectoire à l’avance. En même temps, la stabilité est surprenante. Sur les routes de montagne plus rapides, la Harley reste impressionnante de calme. Son empattement important de 1 625 mm, sa silhouette basse et son large guidon lui confèrent une grande confiance à haute vitesse. Là où une moto plus légère serait plus agile, la Street Glide se montre massive et sûre. Ce n’est pas un scalpel, mais une hache bien affûtée. Pas subtile, mais efficace.
L’électronique reste en arrière-plan, comme il se doit. Les modes de conduite, le contrôle de traction, l’ABS et les freins couplés sont là pour augmenter la marge de sécurité, et non pour dominer l’expérience de conduite. Ce filet de sécurité est particulièrement bienvenu dans des conditions froides et humides. Mi-avril, les Pyrénées s’avèrent moins printanières qu’espéré. Avec le recul, les voitures avec des skis sur le toit sont des indices évidents. Plus nous montons, plus il fait froid. Les mains sont relativement à l’abri du vent, mais là encore, les poignées chauffantes nous manque.
Épreuve pour le châssis
La plus belle étape, qui est aussi la plus révélatrice, relie Andorre-la-Vieille à Vallcebre. 229 kilomètres empruntant notamment les routes CS-130, CS-131, C-462, LV-4001 et B-400. Des virages en épingle à cheveux à n’en plus finir, des lacs et barrages, des tunnels, des rochers en surplomb, des virages rapides et très peu de circulation. Ce n’est plus un simple essai sur autoroute, mais un véritable test pour le châssis.
Une moto plus légère serait objectivement plus efficace ici. Un trail avec un guidon large et des débattements de suspension plus grands demanderait moins d’efforts. Une moto de tourisme sportive freinerait plus fermement et changerait de direction plus rapidement. Mais la Street Glide tire si puissamment et de manière si linéaire dès les bas régimes qu’il est rare d’avoir à trouver le rapport le plus adapté.
La boîte de vitesses est à l’image de ce caractère. Elle ne fonctionne pas avec la douceur typiquement japonaise, mais de manière nette et mécanique. Chaque changement de rapport donne l’impression d’être un choix délibéré. L’embrayage se manipule facilement, même si les changements de rapport fréquents restent physiquement exigeants avec un tel poids. Le châssis reste étonnamment stable lorsque la vitesse augmente. Dans les longues lignes droites, la Street Glide est stable, comme si elle traçait de larges coups de pinceau à travers le paysage.
Gérone est en vue
Le trajet de Vallcebre à Gérone, long de 185 kilomètres, est plus court, mais confirme ce que nous savons déjà. Le long du Pantà de la Baells, sur la B-402 en direction de Ripoll et la BP-4654 en direction d’Alpens, la Harley reste confortable et cohérente. Après six jours d’essai, aucune nouvelle plainte ergonomique n’est à signaler. Pas de douleur au niveau de la selle, pas de poignets qui protestent, pas de genoux qui crient grâce. C’est impressionnant. Beaucoup de motos sont agréables le premier jour et correctes le sixième. La Street Glide reste constante.
Alpens est une étape idéale. Une poêlée ibérique sur la terrasse d’El Casino avec vue sur la vallée, la moto en toile de fond. Ces moments font partie intégrante d’un essai, mais ils ont aussi une signification technique. Une bonne moto de tourisme ne disparaît pas quand on s’arrête. Elle reste fonctionnelle. On peut y ranger ses affaires, la regarder et repartir sans tralalas. La Harley a de la prestance, mais ce n’est pas une diva.
C’est au Glamping Can Bora, près de Gérone, que s’achève la partie agréable du voyage. La moto refroidit sous un ciel étoilé. Les valises ont passé leur test d’étanchéité, le moteur a supporté le froid et la chaleur, le châssis a affronté les virages les plus serrés et l’autoroute, et le motard est fatigué mais possède encore de la réserve. Ce dernier point est peut-être le critère d’évaluation le plus important de tous.
Retour à la maison
De Gérone à la maison, il y a 1 284 kilomètres d’autoroute. Le genre de journée à laquelle on préfère ne pas trop penser. La chaleur remplace le froid du trajet aller, un petit live audio « Into Thin Air » de Jon Krakauer aide à briser la monotonie et le régulateur de vitesse reprend le devant de la scène. La Street Glide a largement dépassé son intervalle d’entretien, mais elle ne bronche pas. Pas de ratés, pas de bruits étranges, pas de caprices électroniques. Démarrer, tourner, c’est parti.
Une fois de plus, la Harley démontre son talent premier : réduire la distance. Non pas parce que parcourir 1 284 kilomètres devient soudainement agréable, mais parce que cela reste faisable. La position de conduite tient bon, la selle reste confortable, le moteur tourne en douceur à vitesse élevée et la stabilité est excellente. Le carburant, les péages, la nourriture et les boissons coûtent une petite fortune, mais la moto elle-même reste imperturbable. Après quatorze heures de route, on rentre fatigué, mais pas brisé. C’est là un indicateur de performance de taille pour une moto de tourisme.
Au final
Nous avons finalement enregistré une consommation moyenne de 5,59 litres aux 100 km. Au total, nous avons donc consommé 191,5 litres de carburant pour ce voyage, ce qui, avec un prix moyen de 2,02 euros le litre (France/Andorre/Espagne), représente 386,86 euros d’essence. C’est déjà un petit budget. Pour les péages, l’aller a coûté 43,7 euros ; au retour, nous essayons de contourner un Paris engorgé en passant par Lyon et Dijon et payons un peu plus : 71,4 euros, soit un total de 115,1 euros. Ajoutez à cela quelques dizaines d’euros pour des sandwichs insipides, des cafés brûlants et des nuitées pour avoir une idée du prix total d’une petite semaine (en solo) sur la route. Au final – sans compter l’éventuelle usure des pneus et/ou l’entretien – nous avons dépensé un peu moins de 1 500 euros, mais nous en ressortons avec une expérience formidable.
Conclusion
Après plus de 3 400 kilomètres, la Harley-Davidson Street Glide est beaucoup plus facile à cerner qu’après une brève prise de contact. Ce n’est ni une moto de tourisme sportive, ni une moto de type aventure, ni un cruiser rétro équipé de valises. C’est une véritable machine de longue distance qui offre une interprétation très personnelle du confort, de la dynamique et de l’expérience de conduite.
Ses points forts ? Le moteur, sans aucun doute. Le Milwaukee-Eight 117 donne à la Street Glide son âme et sa praticité. Le couple à bas régime facilite les longues journées et rend les routes de montagne étonnamment agréables. La selle et l’ergonomie sont excellentes. La stabilité à grande vitesse est impressionnante. Les suspensions sont bien meilleures que ne le laissent supposer les préjugés sur les lourds cruisers américains. Le tableau de bord numérique est visuellement élégant et très fonctionnel, même si la logique de connectivité laisse à désirer. Les valises sont plus étanches que prévu et l’impression générale de construction est robuste.
Il y a aussi des points faibles. Les turbulences au niveau du casque pourraient être améliorées. Les poignées chauffantes devrait être de série. Un seul port USB, c’est un peu maigre. Le fait de devoir passer par un casque pour utiliser Apple CarPlay semble inutilement compliqué. Les valises sont pratiques, mais moins spacieuse que ne le laissent supposer les dimensions extérieures. Et la masse reste toujours présente, surtout lors des manœuvres à basse vitesse, dans les virages serrés et lors des freinages sur sol mouillé.
La Street Glide n’est pas techniquement parfaite, mais elle est particulièrement convaincante en tant que concept global. Après plus de 3 000 kilomètres, on ne descend pas de la moto avec le sentiment d’avoir mis à nu toutes ses limites, mais avec l’impression de commencer enfin à la comprendre. La Street Glide exige que l’on accepte son poids, sa chaleur et ses particularités. En échange, vous bénéficiez d’un confort, d’une prestance, d’une richesse mécanique et d’une façon addictive d’avaler les kilomètres. Ce n’est pas le choix le plus rationnel du segment. Peut-être même rarement le meilleur d’un point de vue objectif. Mais c’est une moto qui, après une semaine de tests intensifs, laisse une impression plus forte que bien des machines plus parfaites. Et c’est peut-être exactement le but recherché.
Photos : Manu De Soomer / Motorsportspics.com
Harley-Davidson Street Glide 2026
| MOTEUR | |
| Type | V-twin à 45° (Milwaukee-Eight 117), refroidissement mixte air/eau |
| Cylindrée | 1.923 cc |
| Alésage x course | 103,5 x 114,3 mm |
| Soupapes/cylindre | 4 |
| Taux de compression | 10,3:1 |
| Alimentation | injection électronique à port séquentiel (ESPFI) |
| Embrayage | multidisque, assisté |
| Boîte de vitesse | 6 rapports |
| Transmission finale | courroie |
| PRESTATIONS | |
| Puissance maximum | 107 ch @ 5.020 tr/min |
| Couple maximum | 175 Nm @ 3.500 tr/min |
| ÉLECTRONIQUE | |
| Moteur | contrôle de traction en virage, modes de conduite |
| Partie-cycl | ABS sensible à l’angle d’inclinaison, freinage à couplage électronique, aide au démarrage en côte, écran TFT tactile, navigation et connectivité. |
| PARTIE-CYCLE | |
| Cadre | tubulaire en acier |
| Suspension avant | fourche Showa de 49mm |
| Options de réglage | / |
| Suspension arrière | deux amortisseurs à émulsion |
| Options de réglage | précharge |
| Débattement av/ar | 117/76 mm |
| Frein avant | deux disques flottants de 320 mm. étriers à 4 pistons |
| Frein arrière | un disque de 300mm, étrier simple piston |
| Pneumatique av/ar | 130/60-19 (Dunlop D408F), 180/55-18 (Dunlop D407T) |
| DIMENSIONS & POIDS | |
| Empattement | 1.625 mm |
| Angle de chasse | 26° |
| Chasse | 170 mm |
| Hauteur de selle | 715 mm |
| Poids TPF | 368 kg |
| Réservoir | 22,7 litres |
| PRIX | |
| À partir de | 33.295 € |
