Bose à bord, et alors?

Il y a des noms qui claquent sur une fiche technique, comme un rupteur dans un tunnel, ou comme le Sena 60S Evo avec Bose Inside. Evidemment, le motard connecté a envie de tendre l’oreille…

Après Harman/Kardon, Sena confie désormais la partie audio de son intercom vedette à Bose. Et comme le 60S « normal » n’a que dix-huit mois d’ancienneté et que nous avons pu l’étalonner sur les Phantom et Specter, deux casques connectés de la génération Harman/Kardon, la question de savoir qui est le meilleur des deux spécialistes américains du son mérite mieux qu’un communiqué de presse ! Nous avons installé le 60S Evo sur un modulable HJC F100. Très bon casque, et donc une base pertinente pour juger un intercom externe haut de gamme dans des conditions crédibles. Pas dans une bulle de laboratoire, mais dans la vraie vie: celle du motard qui roule, qui écoute de la musique et est occasionnellement guidé par un GPS. Qui communique aussi, que ce soit en groupe ou au téléphone.

Un package trop généreux ?

De quoi équiper deux casques, des faces interchangeables; pour nous, c’est résolument un “plus”!

 

Le coffret du 60S Evo a de quoi séduire au déballage. Sena fournit de quoi équiper deux casques. Pour le motard qui alterne modulable au quotidien et intégral pour les sorties plus engagées, c’est idéal: on déplace le boîtier d’un casque à l’autre sans autre difficulté. C’est propre et malin. Sauf que tout le monde ne possède pas forcément plusieurs casques. De là, certains utilisateurs s’insurgent: pourquoi imposer un kit aussi complet à celui n’utilise qu’un heaume? Pourquoi ne pas laisser l’acheteur choisir sa configuration, intégral ou modulable, avec un prix d’entrée plus contenu? L’argument se défend. À contrario, l’approche Sena garantit une belle polyvalence dès l’achat. Le débat reste ouvert et ce package généreux est une qualité pour les uns, mais une dépense forcée pour les autres.

Lors de l’installation, Sena n’est pas le problème

Monté sur un HJC F100, le 60S Evo ne pose pas de difficulté majeure. Le boîtier trouve naturellement sa place à gauche, comme il se doit: on évite de lâcher les gaz pour aller tripoter un bouton, ce qui reste une assez bonne idée quand on roule sur autre chose qu’une béquille d’atelier. Les haut-parleurs prennent place dans les logements prévus, le micro s’installe sans drame dans la mentonnière du modulable, et le câblage se dissimule aisément sous l’habillage interne. Si la manipulation demande un peu de patience, elle n’exige aucune incantation magique pour terminer le travail. Si ça coince, la faute incombe rarement au kit Sena. Elle tient plus souvent à la conception du casque, à la générosité variable de ses logements d’écouteurs ou au caractère plus ou moins coopératif de son intérieur démontable. Certains casques semblent pensés pour recevoir un intercom. D’autres donnent l’impression qu’on leur impose une greffe non consentie. Le HJC F100, lui, s’en sort honorablement.

Avec l’application Sena, vous disposez d’une panoplie d’effets lumineux divers…

 

Autonomie au long cours

L’une des qualités marquantes du 60S Evo, c’est son autonomie. Avec près de 20 heures annoncées ou approchées selon l’usage, l’intercom permet d’enchaîner de longues journées sans vivre les derniers kilomètres dans l’angoisse. Pour un voyageur, c’est essentiel. Pour un utilisateur quotidien, c’est confortable. Pour un groupe de motards bavards, c’est presque une mesure de santé publique… Il faut toutefois replacer cette performance dans la gamme Sena. Les modèles tout intégrés comme les Phantom et Specter revendiquent de 25 à 30 heures d’autonomie, ce qui les place encore davantage au-dessus aussi de ce que propose la concurrence. Le 60S Evo régresse donc un peu face aux casques connectés maison, mais reste très solide dans l’univers des intercoms externes. La différence est logique. Un système intégré dispose d’une architecture pensée dès le départ autour du casque, de sa batterie et de son électronique. Un intercom externe doit composer avec un boîtier compact, amovible, exposé, universel. Qu’il tienne aussi longtemps est déjà une belle performance.

Wave et Mesh pour ceux qui restent en meute

Si vousvoulez resté connecté à vos potes, même à l’autre bout du monde, yaka!

 

Sur le plan des communications, le 60S Evo joue dans la cour du top niveau actuel en conjuguant le Mesh et le Wave. En clair, on dispose de deux logiques complémentaires.Le Mesh reste la solution naturelle pour rouler en groupe sans transformer chaque départ en atelier d’appairage. On crée un réseau entre les participants, chacun peut entrer ou sortir à discrétion, et l’ensemble se montre plus souple qu’un Bluetooth classique en chaîne. Pour une balade, un road trip ou une sortie de club, c’est devenu l’un des vrais luxes modernes: on parle, on se perd moins, on s’arrête moins, et celui qui a toujours besoin d’essence peut prévenir avant d’être sur la réserve depuis vingt kilomètres.

Le Wave Intercom, lui, exploite les réseaux cellulaires. Avantage évident: distance et nombre de participants cessent de dépendre uniquement de la portée radio directe et de la topographie. On peut rester en contact même quand le groupe s’étire, quand un équipage prend une autre route ou quand deux motards ne roulent pas exactement ensemble. La contrepartie est tout aussi évidente: sans réseau, le miracle numérique retrouve soudain les limites très physiques du monde réel. En zone blanche, la modernité technologique redevient muette. Sur route ouverte, l’association des deux technologies donne une vraie facilité d’usage. Le Mesh pour la proximité, le Wave pour l’étendue. Et quand les conditions sont bonnes, le 60S Evo rend la communication en groupe presque banale. Ce qui, pour un intercom, est sans doute le plus beau compliment: on finit par oublier qu’il travaille.

Bose pour Harman/Kardon, ça change quoi?

Venons-en au cœur stratégique de cet essai: l’audio. Sena a changé de partenaire. Harman/Kardon s’efface, Bose arrive. Sur le papier, cela sonne comme un événement. Dans l’imaginaire collectif, Harman/Kardon évoque souvent un son chaleureux, dynamique, avec des basses généreuses. Bose traîne plutôt une réputation de rendu plus neutre, réaliste, avec une spatialisation soignée appréciée des vrais mélomanes. Voilà pour la théorie ; mais allons plus loin que la discussion de comptoir entre motards. La vraie question, c’est de savoir si, dans un casque moto, sur des petits haut-parleurs coincés entre mousse, joue, calotte et bruit de vent, on entend réellement une différence. Pour le vérifier, il faut naturellement comparer le 60S Evo à son prédécesseur, le 60S, et donc à la signature Harman/Kardon déjà testée sur les Phantom et Specter. Notre comparaison s’est faite à l’écoute de musiques révélatrices: voix bien centrées, instruments séparés, basses profondes, passages chargés, morceaux capables de mettre en évidence les qualités comme les limites d’un système audio embarqué. Et le verdict est sans doute moins spectaculaire que le changement de logo.

Avec sa certification IPX7, le 60S Evo est à toute épreuve.

 

Voix: Bose plus précis, Harman/Kardon plus charnu

Sur les fréquences médium, celles qui portent la voix humaine, Harman/Kardon donne davantage de coffre. Le chanteur semble un peu plus présent, plus incarné, parfois plus flatteur. C’est agréable, immédiat, volontiers démonstratif. On comprend pourquoi cette signature plaît: elle donne de la matière, elle rend l’écoute facile pour tous. Bose, de son côté, propose un rendu plus réaliste et plus précis. La voix paraît moins gonflée, moins mise en avant artificiellement, mais mieux dessinée. On distingue plus naturellement certaines inflexions, certaines respirations, une articulation plus fine. En écoute posée, cela peut donner une impression de justesse supérieure. Mais attention, « plus juste » ne veut pas forcément dire « plus plaisant » pour tous. Certains préféreront la « chair musicale » Harman/Kardon, d’autres la retenue Bose. Ici, on quitte le domaine du progrès objectif pour entrer dans celui de la préférence personnelle.

Graves: Harman/Kardon fait le spectacle

Quand on descend dans les basses fréquences, Harman/Kardon reprend clairement l’avantage en générosité. Le son paraît plus profond, plus expressif, plus spectaculaire. Les basses donnent de l’élan à la musique, elles remplissent mieux l’espace et procurent ce petit supplément d’enthousiasme qui rend un trajet moins monotone. Bose se montre plus mesuré, moins démonstratif, moins percutant, parfois presque timide en comparaison directe. Ce n’est pas mauvais, loin de là, mais cela impressionne moins. Ceux qui aiment une restitution propre, contrôlée, sans emphase excessive, y trouveront leur compte. Ceux qui veulent sentir un peu de rondeur et d’impact préféreront l’ancienne signature. Tout dépend de ce qu’on attend d’un intercom. Pour suivre un GPS et passer des appels, la neutralité est une vertu. Pour écouter de la musique sur une longue liaison autoroutière, un peu de générosité supplémentaire vaut son pesant de plaisir.

Le “package” offert par Sena prévoit que l’acheteur puisse équiper ses deux casques. Ce qui fait râler ceux qui n’en ont qu’un…

 

Spatialisation et détail: match nul, ou presque

Bose est souvent associé à une excellente spatialisation, cette capacité à donner de la largeur à la scène musicale et à séparer proprement les instruments. On pouvait donc attendre du 60S Evo qu’il marque ici une vraie différence. Dans les faits, ce n’est pas le cas. Harman/Kardon fait au moins jeu égal. La séparation des instruments est déjà bien marquée sur le 60S, et le 60S Evo ne creuse pas d’écart évident. Les plans sonores restent lisibles chez l’un comme chez l’autre, sans brouillard excessif, sans bouillie généralisée dès que le morceau se densifie. Bose ne démérite évidemment pas, mais ne supplante pas son prédécesseur non plus. Même constat pour le niveau de détail. Les instruments restent clairement perceptibles dans les deux cas. On distingue ce qui doit l’être, sans que l’un des deux systèmes ne vienne brutalement humilier l’autre. À ce niveau, parler de supériorité technique nette serait forcer le trait. Et en journalisme moto, forcer le trait, c’est tentant; mais ce n’est pas toujours rendre service au lecteur !

Ténu au salon, purement théorique sur la route

Départager Bose et Harman/Kardon dans un salon  (ici sur le Specter blanc) n’est déjà pas facile; alors au guidon…

 

Les différences évoquées ci-dessus ont été relevées dans la quiétude d’un salon, casque posé dans des conditions d’écoute calmes. Autrement dit: dans un environnement infiniment plus favorable que celui d’une moto en mouvement. Une fois en selle, tout change. Le vent, le moteur, les pneus, la circulation, les turbulences du casque, la vitesse, la protection plus ou moins efficace de la moto: chaque élément vient réduire la finesse de perception. La nuance entre un médium un peu plus charnu et un médium un peu plus réaliste n’a plus exactement la même importance quand l’air tape la calotte et que la route chante sous les pneus. C’est ici que la migration de Harman/Kardon vers Bose apparaît davantage comme une évolution commerciale que comme une révolution technique. Peut-être Sena a-t-il obtenu de meilleures conditions de fournitures. Peut-être la marque souhaite-t-elle renouveler son discours produits en donnant une impression de nouveauté. Peut-être Bose apporte-t-il une cohérence de gamme ou une image plus lisible sur certains marchés. Tout cela est possible. Mais en termes de performance audio pure, la plus-value est faible, voire inexistante. Le 60S Evo sonne très bien, oui. Mais le 60S le faisait déjà.

L’option ANC

Existe-t-il un avantage objectif à passer au nouvel écosystème Bose ? La possibilité de s’équiper, en option, d’écouteurs intra-auriculaires avec ANC, c’est-à-dire réduction active de bruit, est là certes, mais elle est compatible aussi avec un 60S standard. Comme nous l’a appris le Phantom ANC, l’ANC à moto est une plus-value réelle. La fatigue auditive diminue. Les communications gagnent en clarté. La musique reste audible à volume plus raisonnable.  Mais cette amélioration a un prix. Avec l’option ANC, le kit complet se rapproche des 500 €. Et à ce tarif, même dans le monde merveilleux de l’équipement moto où un bout de plastique moulé peut coûter le prix d’un week-end, on commence à parler d’une somme sérieuse pour un intercom, non?

Les petits plus: garantie, lampe et coquetterie

Cette “lampe de poche” est assez puissante pour attirer l’attention des automobilistes. Mais uniquement ceux qui sont à votre gauche, évidemment.

 

Le 60S Evo ne se limite pas à son audio. Il apporte aussi quelques particularités qui méritent mention. La garantie à vie fait partie des arguments qui rassurent, même si l’expression appelle toujours une précision: elle reste forcément encadrée par l’usage, l’entretien, les chutes, les mauvais traitements et ce que le fabricant considère raisonnablement comme une vie normale du produit. On ne transformera donc pas un intercom écrasé par la béquille centrale en miracle administratif. La lampe de poche située à l’avant du boîtier intrigue davantage. Gadget? Peut-être. Utile? Parfois. Elle peut servir pour chercher quelque chose dans une sacoche, manipuler un cadenas dans un parking sombre ou éclairer une zone proche. Certains y verront aussi un possible feu de jour auxiliaire, capable d’attirer l’attention des automobilistes lors d’une remontée de files. Ce n’est pas sa vocation première, mais l’idée n’est pas absurde. Dans la circulation, être vu reste une obsession saine. Enfin, Sena fournit trois finitions de boîtier: titanium, noir et blanc. Ce genre de détail peut sembler futile, jusqu’au moment où l’on monte un intercom noir brillant façon verrue technologique sur un casque clair à la déco soignée. Pouvoir harmoniser le boîtier avec la majorité des décos de casques est une attention bienvenue.

Verdict

Le Sena 60S Evo est un excellent intercom. Il communique loin et bien, profite du duo Mesh/Wave, s’installe sans drame, tient longtemps sur  sabatterie et offre une qualité audio élevée. Monté sur un HJC F100, il transforme un modulable classique en compagnon de route connecté, capable d’assurer le quotidien comme le voyage en groupe.

Mais son passage de Harman/Kardon à Bose ne constitue pas le saut qualitatif que d’aucuns espéraient. Bose apporte une restitution précise, réaliste, propre. Harman/Kardon conserve une chaleur, une générosité et une présence qui n’ont rien d’obsolète. En spatialisation et en détail, impossible de donner un avantage technique net à l’un ou à l’autre. Et si la différence reste ténue dans un salon, elle devient franchement négligeable une fois lancée dans le bruit aérodynamique d’une moto.

Reste donc un produit très abouti, richement doté, intelligent dans son usage, mais dont le discours marketing mérite d’être ramené sur terre. Le 60S Evo ne rend absolument pas le 60S ringard. Il le remplace, il l’actualise, il l’habille d’un nouveau partenariat prestigieux. Il ne l’enterre pas. Pas du tout. Et c’est peut-être là la conclusion la plus honnête: si vous venez d’un intercom ancien, le 60S Evo vous semblera incroyablement brillant. Si vous possédez déjà un 60S en Harman/Kardon, gardez votre calme, votre argent et votre casque: la route ne défilera pas soudain en noir et blanc parce que vous n’avez pas le logo Bose sur le côté !

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