avatar Philippe HuninPhilippe Hunin    05 Oct 2021, 15:22    0   

Étonnant ! Si une voiture (de sport) a pour habitude de freiner plus fort et passer plus vite en courbes, c’est la première fois qu’elle dépose une moto à l’accélération. Voici l’Audi RS e-tron GT (636 ch) dans ses œuvres. A ses côtés, la Nouvelle Suzuki Hayabusa.

Autre millénaire

Le superlatif en mode deux roues abat certainement ses dernières cartes aux vues des récentes décisions en matière de mobilité thermique. Faisant fi de toutes nos préoccupations écologiques, Suzuki remet sur nos autoroutes son sumo hors gabarit, l’Hayabusa ! C’est en 1999 que Suzuki débarque sur notre continent quelques Hayabusa dont la cylindrée de 1290cm3 nous semblait déjà excessive. Les 175 chevaux de l’époque se maitrisaient du bout de la poignée, la technologie d’alors ne pouvant tout paramétrer comme c’est le cas de la version actuelle proposée depuis ce mois de juin. Afin de respecter les normes antipollution, le moteur passe de 197 (version précédente) à 190 chevaux pour un poids total de 264 kg et une cylindrée de 1340cm3. C’est principalement du côté des assistances que l’évolution a été fulgurante. Inutile de tenter de vous les énumérer (la liste est trop longue) et les possibilités de réglages se comptent … à l’infini.

En piste

Le quota Belge se résumant à un arrivage mensuel de 3 exemplaires, vendues préalablement, Suzuki nous livre son modèle d’essai directement sur le circuit de Mettet, accessible durant 2 heures. Une Hayabusa, ça impose même si par rapport à la première 1300 GSX-R, les lignes semblent plus fluides et plus discrètes. A ses côtés, Audi nous a confié son fleuron actuel, son fer de lance technologique, celle que l’on remarque sans l’entendre mais que certains veulent encore ignorer au vu de sa motricité 100% électrique. Il a cessé de pleuvoir ce mardi 10 août mais la piste conserve ses zones humides. Avec une Hayabusa quasi neuve d’un côté et une Audi à 166.000€ de l’autre, mieux vaut éviter le bac à sable et rester du bon côté des vibreurs. Trois tours pour s’échauffer, définir les réglages les plus appropriés mais surtout se faire plaisir et nous voilà en début de ligne droite pour comparer les accélérations. La batterie de l’Audi affiche encore une autonomie de 267km après ces quelques tours et la liaison Kortenberg-Mettet.

Dur à admettre

Seul le vrombissement de la Suzuki se fait entendre. Si pour l’Audi, il suffit d’appuyer à fond sur la pédale, avec l’Hayabusa, il faut encore synchroniser le lâché d’embrayage avec la rotation de la poignée de gaz. A ce petit jeu, la sentence tombe rapidement, l’Audi dépose la Suzuki sur les premiers mètres avant de se faire remonter et dépasser jusqu’au premier freinage où, bien entendu, la voiture profite de ses 4 roues pour freiner plus fort et passer plus vite en courbe. La puissance accessible dès la plus légère pression sur l’accélérateur de cette e-tron (drôle de nom tout de même) est telle que l’Hayabusa ne peut rivaliser. A l’inverse des moteurs thermiques qui demandent une montée en régimes pour délivrer leur puissance, les moteurs électriques jouent la partie à l’envers. Ça arrache au début pour retomber vers 150 km/h. La RS e-tron GT n’est pas une voiture comme les autres. C’est au début de l’histoire que tout se passe, un peu comme avec Columbo, on connait la fin dès le début. Pourtant d’après les chiffres, il y a matière à discussion puisque l’Hayabusa est annoncée avec un 100m en moins de 3 secondes et l’Audi RS e-tron GT en 3.3sec. Comme quoi il y a les chiffres et la réalité.

Révélations

Au final je n’aurai que très peu roulé avec cette RS. En quittant les bureaux d’Audi à Bruxelles, l’autonomie annoncée est de 410km. Namur, ma première étape, ne comptant que très peu de stations de recharge (une borne rapide dans un rayon de 20km), je reste dans des valeurs de vitesse moyenne raisonnables sur l’autoroute. L’habitacle est agréable, l’accessibilité au menu principal aisée, le silence prédominant, la journée s’annonce intéressante. C’était sans compter sur l’état de notre réseau routier où dès les premières bosses, l’Audi se fait entendre et enregistre via ses capteurs tous les chocs recensés au niveau du sous-bassement. Un rapport numérique me sera d’ailleurs envoyé de chez d’Ieteren me spécifiant ces impacts. Il devient donc très difficile de circuler sur notre infâme réseau routier avec de telles voitures à de tels prix. Je me contenterai donc d’un aller-retour Bxl-Profondeville-Mettet soit 297km parcourus. Il me restait alors encore la possibilité de rouler 40 kilomètres avant la panne… de courant.  Ce qui avec mes instants de folie sur le circuit reste une autonomie raisonnable pour ce type de voiture.

Mais alors

Si l’électricité a tout son sens pour certaines utilisations et en milieu urbain, si ce genre de motorisation apporte son lot de sensations et d’accélérations redoutables, il reste encore un énorme pas à franchir si les autorités veulent promouvoir ce genre de mobilité. Cette Audi RS e-tron GT est un véritable joyau mais comme tous les bijoux de grandes valeurs ne doit sortir que lors de grandes occasions. Je vous rappelle son prix, 166.000€.

Audi RS e-tron GT

Moteur : électrique avant (238 ch) + arrière (456 ch) puissance totale overboost : 630 ch

Vitesse max (limitée) : 250 km/h

Autonomie : 410 km

Prix : 166.000€

Suzuki GSX1300RR Hayabusa

Moteur : 4 cylindres en ligne à refroidissement liquide de 1340 cm3 affichant 190 ch et 150 Nm

Vitesse max (limitée) : 290 km/h

Autonomie : 300 km

Prix : 18.749€

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