Essai nouveauté Benelli 752 S: L'école italienne

Par Moto-News 19 août 2020

Continuant son expansion, Benelli passe à la vitesse supérieure en débarquant dans le créneau des grosses cylindrées. La 752 S est le premier chainon d'une série qui en appellera bientôt d'autres.

Si Benelli est passé sous pavillon chinois depuis 2005 en intégrant le groupe QianJiang Motor, il n'en demeure pas moins que son coeur reste 100% italien. Toutes les motos du constructeur italo-chinois sont toujours élaborées à Pesaro en Italie. Et ce n'est pas cette nouvelle Benelli 752 S qui le contredira. Il ne faut pas être aveugle non plus pour remarquer que cette naked bike très élégante s'inspire sans vergogne des productions de Bologne toutes proches.

On pourait s'y méprendre

Benelli n'en est pas à son premier coup car l'année dernière, la 502C un cruiser de moyenne cylindrée inspiré de la Ducati Diavel, intégrait le catalogue du constructeur sino-transalpin. A présent c'est au tour de la Monster de se retrouver dans la 752 S. Moto minimaliste avec cadre treillis, grosse fourche, réservoir arrondi, phare acéré et selle trapue représentent assurément une bonne description de ce qu'est une Ducati Monster et dorénavant une Benelli 752 S. Il y a bien le bras oscillant (un peu cheap) constitué d'une double structure en tube d'acier et le porte-plaque + feux intégrés qui diffèrent sensiblement de "l'esprit Monster". Mais pour le reste on pourrait facilement s'y méprendre à condition de mettre de côté l'architecture du moteur.

Twin vertical à 270°

Car la Benelli 752 S est motorisée par un twin vertical en lieu et place du célèbre bicylindre en L à distribution desmodromique que l'on trouve sur la Monster 797. Ce nouveau moteur, qui équipera prochainement d'autres modèles, cube à 754 cm3 (88 x 62 mm) et développe 76 ch (56 kW) à 8.500 tr/min pour 67 Nm à 6.500 tr/min. Des chiffres comparables à ce que l'on trouve aussi sur la fiche technique de la Monster 797 (73 ch à 8.250 tr/min et 67 Nm à 5.750 tr/min). Doté d'une culasse avec double arbre à cames en tête et 4 soupapes par cylindre, ce nouveau twin Benelli est calé à 270 degrés comme la plupart des twin verticaux de cette catégorie.

Tradition italienne

La partie-cycle est dans la grande tradition italienne avec une structure treillis en acier accompagnée d'une belle fourche Marzocchi entièrement réglable de 50 mm. Par contre à l'arrière, le bras oscillant dénote un peu. La 752 S est ici prise à son propre jeu car à force de vouloir là comparer avec la Ducati Monster, on pourrait lui reprocher ce petit défaut. Qui n'en est pas vraiment un car dans l'absolu, la Benelli est sans reproche en ce qui concerne la tenue de route (nous le verrons plus tard).


La partie-cycle est dans la grande tradition italienne avec une structure treillis en acier accompagnée d'une belle fourche Marzocchi entièrement réglable de 50 mm.



Le freinage est confié pour l'avant à un double disque de 320 mm pincés par des étriers Brembo 4 pistons à fixation radiale. L'arrière reçoit un disque de 260 mm avec un étrier 2 pistons. Sur la balance la Benelli 752 S affiche 226 kilos avec le plein de son réservoir de 14,5 litres. C'est beaucoup face à la concurrence comme la Monster 797 (193 kg) ou encore la Yamaha MT-07 (182 kg).

Cohérante

Quoi qu'il en soit, cette Benelli semble attrayante et nous allons profiter d'une belle journée ensoleillée pour là découvrir un peu mieux. Même si son gabarit est un peu plus imposant, il n'en demeure pas moins qu'elle reste très abordable avec une hauteur de selle qui n'excède pas 810 mm. La relever de sa béquille latérale - il n'y a pas de centrale - ne pose aucun problème et le poste de pilotage correspond à ce que l'on retrouve généralement sur ce type de machine. Le levier de frein est réglable et les commodos semblent de bonne facture.


Même si son gabarit est un peu plus imposant, elle reste très abordable avec une hauteur de selle qui n'excède pas 810 mm.



Il y a une commande de warning par contre il faut chercher avant de trouver le bouton de mise à zéro du trip partiel. En fait il intègre le support du rétroviseur droit. L'écran TFT couleur dispose d'un double affichage jour/nuit qui change radicalement de contraste. Les informations (jauge de carburant, trip partiel, odomètre, horloge, température moteur, rapport engagé) changent également de disposition sur l'écran, il faut s'y habituer un peu. En position jour, le compte-tours composé de petits segments n'est pas très facile à lire.

Deux facettes

Le bicylindre vertical émet une belle sonorité et la sortie d'échappement est aussi originale que réussie. On pourrait craindre vu son positionnement qu'elle "chauffe" un peu trop la cuisse droite du pilote mais ne ce n'est pas le cas. La position de conduite est un peu sur l'avant en appui sur le guidon et les repose-pieds ne sont pas trop relevés. La 752 S ne démarre pas vraiment sur un filet de gaz, le moteur a tendance à cogner un peu et il ne faut pas hésiter à lâcher le levier d'embrayage avec progression en tournant un peu plus la poignée. Ensuite tout rentre dans l'ordre, le twin tracte bien et l'on retrouve les caractéristiques d'un moteur calé à 270 degrés. Du moins à bas régime car dès que l'on franchit la zone de 3.500 tr/min, le bicylindre s'exprime un peu moins avant de reprendre de plus belle au-delà de 6.500 tr/min.

Rodéo à gogo

La tenue de route est sereine tant que le revêtement reste parfaitement plat. C'est un vrai régal et on profite pleinement des pneumatiques Pirelli Angel ST (120/70-17 et 180/55-17) qui cohabitent parfaitement avec cette Benelli. La situation se dégrade malheureusement dès que la chaussée devient incertaine. Nous ne reviendrons pas encore une fois de plus sur l'état déplorable de notre réseau routier. Mais la 752 S ne s'en accommode pas, elle devient inconfortable et son amortissement - surtout à l'arrière – devient ingérable. Ça rue à qui mieux mieux dans les brancards et le seul réglage en précontrainte du ressort du combiné arrière ne peut rien y faire. A l'avant c'est moins catastrophique car il est possible de jouer sur les nombreux réglages de la fourche Marzocchi.

Bonnes prestations

Dommage pour cette Benelli qui est vraiment agréable à conduire sur du billard. Le freinage est précis, mordant et endurant avec un ABS absolument pas intrusif. En ville il faudra se méfier du rayon de braquage un peu faible mais pour le reste, la Benelli se faufile comme une anguille dans la circulation. Les rétroviseurs au design réussi demandent parfois un peu de vigilance mais pour le reste cette 752 S se conduit du bout des doigts. A l'arrêt il faudra bien regarder pour trouver la béquille latérale qui ne dispose pas d'ergot et se retrouve en alignement direct avec le sélecteur. Un autre point à surveiller sera aussi la consommation qui dépasse facilement les 6 litres et n'autorisera pas à des étapes de plus de 200 kilomètres. Ceci dit ce n'est pas vraiment ce que l'on demande à une naked bike. Terminons avec le duo qui ne sera qu'épisodique même si tout est prévu pour un passager.

Conclusion

Le retour de Benelli dans le monde de la grosse cylindrée devrait bien se dérouler. Avec ce nouveau twin vertical, la firme de Pesaro dispose d'un bon moteur. De petits ajustements dans la gestion électronique de l'injection devraient donner un peu plus de caractère à mi- régimes et contenir un peu mieux la consommation.

Concernant plus particulièrement cette 752 S, bien que réussie et homogène (hormis les suspensions) nous regrettons sa trop grande filiation avec la Ducati Monster. Son prix très attractif de 7.299 euros pourrait tenter les amateurs du style ne pouvant s'offrir une Ducati 797 affichée à 9.150 euros. Mais nous pensons que Benelli est capable de créer sa propre identité tout en revendiquant ses origines italiennes sans nécessairement copier les productions venant de Bologne.


Texte : Pascal Mouton


Les + : écran TFT, finition, freins, moteur, échappement, rapport prix/prestations

Les - : suspensions, rayon de braquage, absence de prise USB, consommation


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Données techniques et prix

Moteur
Type : bicylindre 4T, refroidissement par eau, double ACT, 4 soupapes
Cylindrée : 754 cm3
Puissance maximum : 76 ch (56 kW) à 8500 tr/min (47, 6 ch (35kW) à 6500 tr/min version A2)
Couple maximum : 67 Nm à 6500 tr/min
Boîte de vitesse : 6 rapports
Transmission finale : par chaîne

Partie-cycle
Cadre : treillis tubulaire en acier
Suspension avant : fourche inversée Marzocchi 50 mm, entièrement réglable, déb. 130 mm
Suspension arrière : mono amortisseur, réglable en précharge, déb. 60 mm
Frein avant : deux disques de 320 mm, étriers 4 pistons à fixation radiale + ABS
Frein arrière : un disque de 260 mm, étrier 2 piston + ABS

Dimensions
Empattement : 1460 mm
Hauteur de siège : 810 mm
Poids en charge : 226 kilos
Réservoir : 14,5 litres

Prix
7.299 euros

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